Chronique de Poumon vert de Ian R. Macleod, aux éditions du Belial

Sur le blog je ne chronique pas toutes mes lectures mais seulement celles qui entrent en résonance avec mon univers, qui portent une réflexion particulière ou qui me secouent.

Poumon vert de Ian R. Macleod m’a secoué.

Beaucoup.

Résumé : Lors de sa douzième année standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal. Un voyage sans retour — le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille. Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées. Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards — oui, un… mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes…

A l’origine je voulais acquérir la novella de Ken Liu, l’homme qui mit fin a l’histoire dont j’entendais beaucoup parler. Ce texte était paru dans la collection Une heure lumière des Editions le Belial qui outre des couvertures de toute beauté propose des textes courts mais puissants. A ce moment-là, le Belial réalisait une opération de promotion et pour 2 titres achetés on recevait un hors-série avec une nouvelle de Ken Liu ! Ken Liu + Ken Lieu = j’étais aux anges. Je cherchais donc quel second titre j’allais pouvoir choisir afin de bénéficier de l’offre et optais pour Poumon vert de Ian R. Macleod.

Grand grand grand bien m’en a pris.

Poumon vert m’a offert une expérience de lecture exceptionnelle en me demandant un lâcher prise des le début du texte. Alors que je pensais que le fait de commencer le roman avec un personnage principal qui arrive dans une ville au sortir de l’enfance allait permettre de dévoiler l’univers de la planète peu à peu, j’ai bien du accepter que ce n’était pas le cas. Jalila est hors du monde au début certes mais elle ne nous sert pas de guide pour autant. Nous l’observons s’intégrer et évoluer comme nous regardons un adolescent acquérir des codes et des règles. Elle les fait sienne et les réinvente mais ne les explique pas pour autant. J’ai donc du accepter de ne pas tout comprendre au premier abord pour laisser se construire par touches mon propre univers de lectrice. Ainsi quand l’auteur écrit que l’héroïne caresse sa monture là où la chair fusionne avec le métal, je ne vais pas chercher à savoir s’il s’agit de prothèses, quand est-ce qu’elles sont posées et pourquoi elles sont là. Je fais comme l’adolescente du roman (comme l’adolescente que j’étais) je hoche la tête d’un air entendu, pour faire croire que j’en suis. Car Jalila traverse ainsi son adolescence, avec des non-dits, en fonction de règles qu’elle prétend maîtriser sans oser avouer son ignorance, consciente comme toute adolescente qu’elle ne durera pas et que c’est peut-être plus triste que de ne pas savoir, ne cherchant pas à clarifier ses relations aux autres de peur de dissiper trop vite les brumes de l’enfance qui protègent des responsabilités.

Et finalement cette entre-deux qui tombe comme une mue, parce qu’il faut grandir, parce qu’il est temps, parce qu’il y a ses propres règles à dicter. Des règles d’adulte qui tranchent cruellement dans le vif de la jeunesse.

Poumon vert c’est aussi de la Science-fiction puissante et une écriture qui la sert. On y évoque des planètes dépaysantes qui nous attirent, une civilisation exclusivement féminine, des pratiques sociales et des technologies futuristes. L’écriture est sublime, riche, trop parfois, et on ressent avec Jalila tous les changements qui secouent sa nouvelle ville: on a froid, on étouffe sous le soleil de plomb, on subit les embruns de l’océan. La description de la météorologie de la planète sert aussi à illustrer ce temps qui passe et qu’on ne peut pas suspendre pour éviter de grandir. Au final le rendu est extrêmement immersif.

J’ai aussi apprécié de trouver un monde entièrement féminin (il y a très peu de mâles et ils n’ont aucun rôle dans la reproduction), qui est aussi transcrit dans la plume. Dans cette novella le féminin l’emporte sur le masculin, à un point tel que qu’on utilise « elles » quand il y a un garçon et une fille. Cela m’a rappelé Chronique du pays des mères de Elizabeth Vonarburg, qui utilisait le même procédé. Le retournement est saisissant.

En conclusion, un énorme coup de coeur pour une novella de Science-fiction humaniste et poétique qui me donne envie de poursuivre et les textes de cet auteur et les autres novellas de cette collection.

 

La chronique d’Apophis par ici et celle de Feyd Rautha par là !

 

 

5 réflexions sur “Chronique de Poumon vert de Ian R. Macleod, aux éditions du Belial

  1. A ce jour il s’agit du récit de la collection qui m’a le plus touché (je ne les ai pas tous lu non plus^^). Suis je le seul à y voir un hommage à l’oeuvre d’Ursula Le Guin, et plus particulièrement à son roman « La main gauche de nuit »?

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