3 romans de SF cultes que je n’ai pas aimés (mais auxquels je repense souvent)

Bonjour à tous,

Il y a des romans qui restent longtemps en nous, parce qu’ils ont été un coup de cœur, parce qu’on les a dévorés ou parce qu’ils nous ont permis de nous évader en nous donnant un vrai sense of wonder.

Et puis il y a des romans qu’on n’a pas appréciés, bien qu’ils soient considérés comme culte ou adulés par la critique, et ce pour une multitude de raisons. Souvent on hésite à en parler de peur d’être fustigés par les fans qui ne comprendront pas notre aversion pour ces titres. Mais j’ai aussi une 3ème catégorie, les livres que je n’ai pas aimé sur le coup, juste après ma lecture, mais auxquels je repense souvent, parce qu’un élément m’a touché ou parce que les années ont passé et que je comprends enfin certains aspects des personnages qui auparavant me laissaient de marbre. Alors, sans leur attribuer un prix et sans pour autant les recommander à mes amis, je leur accorde cependant le mérite d’avoir fait leur petit bonhomme de chemin dans mon esprit et d’avoir su finalement m’enrichir d’une certaine façon.

C’est parti pour mon top 3, qui évidemment n’engage que moi.

1/ La Cité et les Astres de Arthur C. Clarke paru en 1956.

Jadis, les hommes exploraient les galaxies, mais ils en ont été chassés par des ennemis dont le souvenir s’est effacé. Aujourd’hui, à Diaspar, admirable cité close sur elle-même et sagement gérée par un ordinateur, ils sont dix millions, qui naissent artificiellement et ne meurent jamais tout à fait. Mais voici qu’apparaît un être unique, Alvin, qui refuse cette existence trop bien réglée, et part à l’aventure. Il découvre une autre cité, Lys, où les hommes et les femmes s’accouplent et procréent comme par le passé. Il découvre aussi le formidable mensonge des mythes qui protègent sa propre ville où il revient pourtant, au terme d’un voyage fantastique parmi les mondes morts.

Considéré comme un classique de l’âge d’or de la science-fiction, La Cité et les astres était arrivé dans mes mains par hasard alors que je fouillais les caisses d’un, quand j’avais une vingtaine d’années. Je l’avais acheté surtout pour le nom de l’auteur, dont je n’avais rien lu à l’époque. Mais finalement j’étais ressortie déçue de ma lecture. Tout d’abord le héros m’avait profondément énervé : on le sentait animé d’un profond mal-être et d’un désir d’exploration et de compréhension infini, mais alors qu’il découvrait mille choses, mille secrets et mille lieux oubliés, il était un éternel insatisfait, alors que moi, jeune lectrice, j’étais juste émerveillée par toutes ces découvertes et je voulais le secouer par le col en lui hurlant « Mais regarde comment c’est incroyable !!! Tout le potentiel pour trouver ta place dans tout ça !». Mais non, Alvin continuait à partir ailleurs, puis ailleurs, puis ailleurs, et j’étais bien obligée d’aller avec lui. De plus, la multitude de thèmes me faisait tourner la tête : l’intelligence artificielle, l’immortalité, la télépathie, les manipulations génétiques, les voyages galactiques, les envahisseurs stellaires… J’avais l’impression que l’auteur était parti dans tous les sens sans aucune cohérence.

Pourquoi j’y repense souvent : l’organisation sociale de la ville de Diaspar me revient de temps en temps en tête, notamment l’insertion d’éléments de chaos programmé pour éviter un immobilisme complet de la société. De la même façon, je suis toujours intriguée par la façon dont Arthur C. Clarke présentait certaines technologies en mode « personne pouvait l’expliquer mais ça marchait » et où il demandait l’adhésion et la confiance totale du lecteur. Je me souviens d’un concept qui se traduisait vaguement ainsi « on était dedans, et dehors à la fois, on pouvait parcourir la ville pour de vrai, sans sortir de chez soi. Ce n’était ni de la télétransportation puisqu’on ne bougeait pas, mais pas de la projection mentale non plus ». À l’époque ce manque de clarté m’avait énervé, aujourd’hui il m’émerveille. Enfin, les passages de la découverte de Lys et de ses habitants me trottent encore souvent dans la tête. Au final, je pense que j’appréhende mieux les différents éléments de SF du roman, car je les ai abordés distinctement par ailleurs. Je pense que je devrai le relire dans quelques années et j’y trouverai sûrement la cohérence que je n’avais pas su voir à l’époque.

2/ Niourk de Stefan Wul paru en 1957

La Terre n’est plus qu’un vaste désert. Des monstres engendrés par d’antiques technologies radioactives hantent ce qu’il reste des océans – quelques lacs d’eau saumâtre, rien de plus. Dans ce monde âpre, un enfant noir, rejeté par tous les membres de sa tribu, se met en route vers Niourk, la ville mythique, peuplée de fantômes. Au bout de cette quête se trouve peut-être le moyen de redonner vie à notre Terre assassinée.

J’ai lu Niourk en 2007, et ce n’est que cette année, en 2018, que j’ai appris que c’était un roman culte de la SF française. Pourtant j’avais eu du mal à accrocher. J’avais l’impression que l’auteur avait écrit certaines scènes parce qu’ils voulaient les écrire à tout prix et ensuite peu importait l’intrigue autour. Ce qui fait que c’était alors que la scène d’action était bien avancée que je comprenais qu’ils étaient en danger de mort. Je ne comprenais pas trop les enjeux du roman : je n’avais pas abordé ce livre en le voyant comme une quête initiatique (où le voyage est plus important que le but) et donc j’avais été balloté par les péripéties plutôt dues au hasard, en attendant vainement de comprendre le moteur de l’intrigue. J’avais aussi eu énormément de mal avec les personnages en général, qui discouraient sur l’intelligence et l’évolution mais en étant très froids et vaniteux. Finalement, même Alf, le héros, m’apparaissait comme très très orgueilleux et tête à claques et je n’éprouvais aucune empathie pour lui. Je n’aimais pas cette représentation glaçante et sans cœur de l’intelligence qui était à l’opposé de mes convictions.

Pourquoi j’y repense souvent : mine de rien, la fin du roman et son retournement de situation final m’avaient vraiment scotché par la morale incroyablement puissante qu’il envoyait dans la tête du lecteur. De plus je repense souvent à l’accroissement de l’intelligence de Alf (qui n’est pas sans rappeler celle de Des fleurs pour Algernon de Keyes). Lu dans le métro parisien sur la ligne 13, ce livre n’avait peut-être pas trouvé en moi la lectrice attentive et concentrée qu’il méritait. Sans pour autant vouloir le relire, je redonnerai une chance à l’auteur avec un autre de ses romans.

3/ Colomb de la lune de René Barjavel paru en 1962

Le héros de ce roman s’appelle Colomb : tout un symbole. Il sera le premier homme à se poser sur la Lune. Reste à en revenir. À la condition que, là-haut, rien ne vous retienne….
Et, surtout il y a l’aventure terrestre de sa femme. Une aventure sans doute plus dangereuse que la conquête des étoiles. Cela se nomme l’amour…

 

Je pense que ce roman a été un des derniers de Barjavel que j’ai lu. En partie parce que j’en avais lu beaucoup avant sur les conseils d’une de mes meilleures amies qui se reconnaitra peut-être. Il est donc possible que je fusse arrivée à saturation. Pourtant ce livre court ressassait les thèmes de prédilection de l’auteur : un projet un peu fou qui réunit les scientifiques qui deviennent presque une société secrète, une caste à part, et l’amour irrationnel qui en miroir vient s’opposer à tout ça. Pourtant je n’avais pas été convaincue. D’abord le style très poétique, très onirique, proche du conte pour enfants, me paraissait étrange quand on parlait de conquête de la lune. Ensuite des passages extrêmement sérieux et pleins de tension niveau science (comme l’intrigue autour du zéro absolu) alternaient avec des aspects assez farfelus (envoyer un astronaute sur la lune dans un œuf, sans vraiment de projet… du moins pour ce que j’avais perçu). De plus la femme du héros se mettait à le tromper allégrement, plus dans une frénésie de libération sexuelle que dans une véritable histoire d’amour, et je trouvais ce cocufiage trop étrange et décalé. Enfin j’étais gênée par le côté homme-scientifique-héros et femmes-frivole-épouse-ou-maitresse. Cette vision binaire de l’humain, qui oppose ce qui devrait être uni m’avait exaspérée.

Pourquoi j’y repense souvent : principalement car je suis intriguée par les aspects de récits oniriques que je développe moi-même en partie dans mes nouvelles. Aussi, étrangement, passé les émois de la jeunesse (je l’avais lu à 20 ans), je comprends beaucoup mieux aujourd’hui la position de l’épouse dont le mari part pour une immense aventure qui le couronne de gloire, et qui a besoin de reconquérir sa propre liberté, peut-importe finalement, l’objet de son désir tant qu’il la fait enfin se sentir sujet. Je trouve cette histoire touchante. Je repense souvent aussi au concept de zéro absolu qui finalement ouvre sur une autre dimension de la science avec d’autres lois. Ça résonne aussi particulièrement par rapport à mon travail d’écriture : on veut aborder plusieurs thèmes dans un roman mais comment faire pour qu’un thème secondaire ne devienne pas finalement plus fort que le thème principal, comment savoir quand il mérite véritablement d’être traité à part. Le destin de Colomb aussi me ramène inlassablement au thème du gâchis, qui me touche particulièrement dans beaucoup de romans ou de films (Interstellar en tête dernièrement).

 

Voici donc mon top 3. Si vous avez aimé ces livres, je comprends tout à fait et grand bien vous fasse. Vous avez sûrement détesté des romans que j’ai aimés. Avec cet article je voulais vous faire part de cette expérience assez particulière d’avoir une opinion sur un livre qui se transforme avec le temps. Je pense que les livres résonnent en nous d’une certaine manière en fonction du moment de notre vie à laquelle nous les lisons. Et même si on peut ne pas les apprécier à ce moment-là, ils continuent de vivre dans notre subconscient et parfois trouvent une autre porte par laquelle nous atteindre, nous faire réfléchir ou nous intriguer. Finalement, ils font tous partie de nous et c’est ce qui est magnifique avec la littérature.

 

 

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