Écrire des nouvelles : les bons et mauvais côtés

Bonjour à tous,

Aujourd’hui je voulais vous parler de l’écriture de nouvelles.

A la base je n’étais pas familiarisée avec l’écriture de nouvelles. J’avais toujours eu en tête des histoires longues et Noosphère s’est tout de suite présenté comme un roman même si j’avais dans l’idée, au tout début de la conception de l’intrigue, d’avoir des chapitres très indépendants les uns des autres en termes de personnages. J’avais bien en tête des petites histoires, des sortes de courts métrages, des concepts, des idées, de petites situations mais je n’avais jamais pensé à les écrire.

Je lisais d’ailleurs peu de nouvelles d’autres auteurs : Les contes de la bécasse de Maupassant bien sûr, le recueil Le K de Buzzati quand j’avais dans les 13 ans, et les nouvelles de Bernard Werber dans l’Arbre des possibles …

C’était donc mon historique par rapport aux nouvelles en octobre 2017. Nous sommes en juillet 2018 et je compte maintenant une douzaine de nouvelles à mon actif. Que s’est-il passé ?

A la sortie de Noosphère en août 2017, j’ai commencé le long travail de promotion de mon roman : réseaux sociaux, bloggeurs, visuels attractifs, publicité ; puis plus tard présence sur des salons, dédicaces, comptabilité. Je faisais tout ce qu’un auteur indépendant fait chaque jour … sauf écrire.

Pourtant je ne pouvais pas libérer assez de temps et de neurones pour me lancer directement dans l’écriture de mon deuxième roman. En lisant le blog d’un autre auteur j’ai vu passer un commentaire sur les bienfaits de la réponse à des appels à texte, c’est-à-dire des demandes de contribution à des recueils ou des concours de nouvelles. Les appels à textes sont variés : du contemporain à la science-fiction, avec des thèmes précis ou bien très larges, ou bien même sans aucun thème imposé. L’auteur en question vantait les mérites des appels à texte comme autant de façons d’exercer sa plume, tout en potentiellement gagnant des prix et de la visibilité, les jurys étant parfois composés de membres de maisons d’édition ou de bloggeurs qui peuvent par la suite être intéressés par vos romans.

Il y a d’ailleurs un défi créé par Ray Bradbury qui consiste à écrire une nouvelle par semaine pour améliorer sa technique d’écriture.

J’ai donc commencé à creuser la question en allant directement chercher des appels à texte sur le site Épopées fictives qui se concentre sur les thèmes de science-fiction, fantastique et fantasy. Ce site est très bien fait et est vraiment une mine d’or. J’ai également vu d’autres appels à texte sur Facebook, il y a même un groupe d’AT rémunéré (quand on veut se faire un peu d’argent en passant).

J’ai donc choisi un certain nombre de nouvelles à écrire qui me permettait d’avoir un rythme d’une nouvelle à écrire/soumettre par mois. J’ai commencé en octobre 2017 pour finir en juin 2018.

Voilà les leçons que j’ai tiré de cet exercice :

Ce que l’écriture de nouvelles m’a apporté de positif

Le principal aspect positif de l’écriture de nouvelles à un tel rythme est que ma plume s’est beaucoup affutée. D’une part à cause de l’exercice régulier d’écriture mais également parce que les textes ont une longueur maximum imposée. Il faut donc être court et efficace, ce qui demande de bien choisir ces mots mais aussi son rythme. J’ai de ce fait découvert (et travaillé) l’importance du paragraphe. Si avant je pouvais avoir une conception de l’histoire comme étant une suite de phrases qui formait des chapitres et donc un roman, je donne plus de place maintenant au paragraphe qui rythme la scène et qui pour moi symbolise la façon dont l’auteur fait vivre l’histoire au lecteur. L’enchaînement des paragraphes, courts, longs, descriptifs, d’action ou d’ellipses (que j’affectionne particulièrement) est devenu pour moi la pulsation de mon histoire donc l’intrigue reste le cœur. Je vous invite à découvrir l’article d’une autrice qui en parle en détail ici.

Un des autres apprentissages que distillent l’écriture d’une nouvelle est de devoir considérer son texte de manière holistique. Je m’explique : j’écris principalement des nouvelles à chute et, comme j’aime travailler sous pression j’attends généralement la dernière semaine avant la date limite pour écrire. De ce fait je suis presque obligée d’écrire mon texte en un seul jet, je n’ai pas le temps de l’écrire par morceau et de revenir en arrière. Et comme j’écris une nouvelle à chute sur un texte très court, les indices du « twist » final doivent quasiment être déjà dans le début de la nouvelle. Si vous avez un « méchant » qui se révèle à la fin, on doit avoir les indices avant ; si votre héros a une quête à réaliser ou une révélation à atteindre à la fin, on doit voir dès le début qu’il est animé de ce désir; si vous écrivez comme moi dans le domaine de l’imaginaire il faut que votre monde/univers même en étant basic (car vous avez peu de temps pour le développer) soit déjà cohérent et construit dès le début. Ainsi je ne peux pas faire comme avec mon roman Noosphère et écrire sans connaitre la fin puis ensuite revenir en arrière pour adapter le texte en fonction de la fin que j’ai trouvée. Cette vision holistique est très intéressante à acquérir. Ma nouvelle Citoyen+ en est un bon exemple : elle est apparue à moi d’un bloc et je l’ai écrite en deux heures à peine.

Un autre apprentissage est l’opportunité de tester différents style et univers. Un roman est long à écrire. Très long. Et quand je me suis lancée dans Noosphère il a pu y avoir des moments où je regardais avec envie les écrivains de fantasy, de space-opéra ou de romance, car j’aurai aimé en écrire alors que ce n’était pas le thème de mon roman. De plus j’avais fait des choix de type de narration que je ne pouvais plus modifier et j’ai passé 6 ans avec ces choix. Avec des nouvelles vous pouvez tester tout type d’univers, de héros, de style : un homme fou, une femme âgée, une petite fille badass, sur une autre planète, dans le passé, en post-apocalyptique, dans un style épistolaire, à la première personne ou à la troisième, au présent ou au passé, en révélant tout, en suggérant à peine le monde autour. Ainsi vous testez, vous découvrez, vous pouvez valider ou pas des idées pour de futurs romans.

Tous ces mini-défis et apprentissages m’ont donné envie de me jeter dans le summum d’un tel exercice en participant au Match d’écriture organisé par Présences d’Esprits aux Imaginales 2018.

Les défauts que j’ai acquis en écrivant trop de nouvelles

Malheureusement après un certain nombre de nouvelles j’ai commencé à ressentir des effets pervers à cet exercice.

Tout d’abord j’ai été confronté à la recherche d’intrigue faciles. Quand on écrit pour soi, pour faire passer un message, on est libre. Un thème imposé est intéressant dans le sens où il demande justement de la créativité pour le traiter de manière plus originale qu’au premier abord. Cependant dans un certain nombre de nouvelles, j’avais tendance à me tourner vers des histoires avec des « morales » un peu dans l’air du temps. En gros j’écrivais pour gagner et pas pour moi.

Ensuite j’ai repéré que j’utilisais plusieurs fois des schémas récurrents dans mes histoires. Même si beaucoup ne jurent que par le « situation initiale, élément perturbateur, péripéties, résolution, situation finale » et le répètent dans chacun de leurs textes, je trouvais que mon schéma fétiche (un autre que celui-ci) ressortait trop facilement sur un texte court. Ainsi trois de mes nouvelles ont des déroulés très identiques et je n’en suis pas vraiment satisfaite. D’un autre côté ça m’a permis de mieux me connaitre en tant que conteuse et donc de reconnaitre quand je passe en mode « marketing/écriture d’un texte sexy ».

Enfin l’écriture de nouvelles en série m’a aussi donné une mauvaise habitude : l’impatience. Depuis quelques mois j’ai écrit et finalisé un court roman. Or dans l’écriture de ce projet j’avais parfois tendance à vouloir aller vite,  à vouloir faire ressortir les tensions chez les personnages à chaque instant et finir mes chapitres comme des chutes de nouvelles, avec des révélations spectaculaires ou des cliffhangers. Parfois je trépignais d’impatience devant les débuts d’intrigue ou de chapitres qui me semblaient longs et lents. Je voulais du « ah ! » et du « oh ! » et du « c’est pas vrai ?! ». Or un roman doit prendre son temps. Il doit installer un univers, avoir des cadences qui s’étalent sur plusieurs chapitres, pour que le lecteur s’immerge réellement. Le message doit se distiller au compte-goutte de façon subtil et non dans une claque qu’on veut la plus magistrale possible à la fin.

 

Conclusion

Au final, je suis très contente d’avoir écrit toutes ces nouvelles, et malgré les aspects négatifs que je souligne, je suis très fière de mes textes. J’ai mes préférés que j’adore et que je relis parfois dans un moment d’auto-satisfaction coupable. Je suis aussi ravie d’avoir gagné le Match d’écriture de nouvelle de Présences d’Esprits par équipe (je suis arrivée 3ème en individuel) car c’était une incroyable aventure.

Je ne peux malheureusement pas publier ces nouvelles dont je vous parle car la plupart sont parties pour des concours qui demandent l’exclusivité et le secret. Le seul cadeau que je peux vous faire c’est ma nouvelle Citoyen+ qui est en téléchargement gratuit sur Amazon et Kobo. J’aime vraiment beaucoup cette nouvelle même si ce n’est pas ma numéro 1 (ah je vous intrigue, hein ? 😊 )

Si mes nouvelles ne gagnent pas les concours dans lesquels je les ai présentés (ce qui est possible car la compétition est rude) j’en récupérerai les droits et je les publierai dans un recueil, mais je ne peux pas avancer de dates pour l’instant.

De plus je sais déjà que je souhaite répondre à un autre appel à texte en octobre et probablement quelques autres textes au fil de l’année si les thèmes m’inspirent réellement et surtout si j’ai des idées qui me feraient sortir de ma zone de confort.

Et vous, amis auteurs et lecteurs, avez-vous déjà écrit des nouvelles ? Répondez-vous aux appels à texte pour des anthologies ? Avez-vous remarqué les bienfaits ou mauvaises habitudes dont je parle ? Et aussi lisez-vous des nouvelles d’auteurs connus ou moins connus ?

Je vous attends en commentaire !

 

 

 

 

 

9 réflexions sur “Écrire des nouvelles : les bons et mauvais côtés

  1. Un point de vue intéressant.
    J’ai écrit quelques nouvelles et textes très courts mais souhaitant écrire du roman, je ne prends plus le temps pour autre chose. Alors quand j’ai une idée de nouvelles à « twist » je la note quelque part, en la détaillant un maximum pour m’en rappeler :
    – Un jour j’écrirai ça, c’est génial !
    … un jour 😉

    Je ne réponds pas à des AT, mais « à cause de » ma petite expérience d’écriture d’histoires courtes, je ressens déjà l’impatience dont vous parlez, dans l’écriture de mon premier roman (en relecture actuellement). C’est long et je profite de cette relecture pour « allonger la sauce ». Ralentir le rythme afin d’installer l’univers, comme vous dites, l’ambiance et les personnages.

    La clé, c’est la gestion du temps, et je vois qu’on n’en est tous à chercher son Graal 🙂

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    1. Bonjour,
      J’ai découvert les novellas avec les éditions du Belial et leur collection Une Heure Lumière. J’avoue que plus j’en lis et plus le format m’attire. On y retrouve l’exigence de concisions mais on peut donner plus de profondeur à l’histoire et surtout se permettre une plus grande évolution du (ou des) personnages. Ce n’est pas impossible que j’en écrive bientôt 🙂

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