Produire du contenu – Plaidoyer pour un Internet « contenant »

Quand je me suis lancée dans la promotion de mon roman, on m’a dit que je devais produire du contenu. C’était une expression que je rencontrais encore et encore. De tout côté. Et pourtant je ne l’avais jamais entendue auparavant.

Cette injonction était donnée par d’autres auteurs, par des spécialistes du marketing en ligne, par des bloggeurs professionnels. Je devais produire du contenu et de préférence du contenu de qualité, en lien avec mon roman.

Pour moi, dans ma petite opinion d’auteur débutant, je me disais que j’avais déjà produit du contenu : j’avais écrit un roman. C’était un contenu de 372 pages, 125 400 mots et 744 471 signes. Le défi le plus incroyable de ma vie que je venais enfin de réaliser. Mais on me disait que je devais maintenant produire d’autres choses, d’autres textes, d’autres articles. Je pouvais aussi me tourner vers du contenu photo ou vidéo. Il y avait des dizaines de sites qui donnaient des conseils sur les sujets à aborder, la manière de les tourner, de les diffuser, les thèmes à éviter, la façon de reprendre les créations d’un autre pour les relancer en les faisant siens.

Je créais donc ce blog, ouvrais une page Facebook, lançai un compte Instagram. Et réfléchissais à ce contenu à produire.

Du contenu.

Mais quel était le contenant ?

Je devais produire du contenu pour internet, qui est finalement la chose la plus ouverte et la plus illimitée jamais créée par l’homme. A-t-il seulement des murs ? Des parois ? Quelques choses qui pourrait le définir comme « contenant », pouvant renfermer quelque chose dans des bornes, dans des limites ?

Ecrire, créer pour internet, me semblait au contraire plus similaire au fait de libérer quelque chose, de le diffuser à l’air libre, de le lancer sans vraiment savoir jusqu’où il irait, et comment et combien de fois il serait vu. Dans l’écriture d’un blog tel que celui-ci, j’ai plus l’impression de m’ouvrir complétement et de laisser s’envoler des réflexions ou des opinions qui autrement seraient restées enfermées en moi-même.

Drôle de contenant donc, qu’internet.

Et  pourquoi cette course effrénée à la création de contenu ? Comme si on ne trouvait sa valeur que par le nombre de posts, de tweet, de like, de reblog, de cœur, de smileys et de GIFs joyeux qu’on arrive à susciter chez l’autre. Chez ce lecteur, ce consommateur de contenus, derrière son écran.

Au final il est le vrai contenant.

Que cherchons-nous à compenser ainsi à vouloir créer ce contenu sans cesse ? Cela nous donne-t-il l’illusion réconfortante qu’on partage et qu’on communique ? Cela vaut-il une bonne discussion autour d’un café ? Est-ce vraiment communiquer que de s’envoyer les uns aux autres des images de fleurs ou de chatons ? Quel est ce dialogue de contenu dans lequel on se lance sur les réseaux ?

Mais je dois créer du contenu. Pour m’insinuer dans l’esprit de mon concitoyen en plantant des petites graines de contenus web pour tisser une vaste toile, comme certaines entreprises spécialisées dans l’accaparement des capacités de concentration des hommes.

Puis-je décider autre chose ?

Si Internet est infini, il n’a pas de forme. Et le contenu au final, en grandissant de façon organique, lui donne un peu des contours et une orientation. De fait ce que je partage, ici et ailleurs, est déjà un léger coup de pinceau sur une Toile qui n’attend rien que d’être peinte, chaque jour. Et je peux ainsi décider de ce qui restera comme la « production de l’esprit » de ma génération. Ainsi les informations que nous faisons circuler, importantes ou futiles, comme seul l’être humain sait les produire, pourrait véritablement donner à Internet le rôle de « contenant » au sens étymologique du terme.

De quelque chose qui nous tient ensemble, qui nous tient uni, qui nous connecte et nous lie, non à une machine et à un écran, mais à l’autre, et à tous ceux qui partagent l’aventure humaine. Liés. En tant que civilisation. En tant que somme des êtres humains qui à un moment du Temps a décidé de communiquer pour échanger, pour se comprendre, pour s’interpeler, pour se soutenir, pour avancer.

Ensemble.

 

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