Ma chronique de La Guerre Eternelle de Joe Haldeman

« Signez et re-signez là pour 1 141 ans ! Le soldat William Mandella, après un entraînement plutôt extrême, part au front, très loin, défier un ennemi, les Taurans, dont on ne connaît quasiment rien. Mais aller faire la guerre à l’autre bout de la galaxie, c’est se confronter au temps. Pour celui qui voyage à une vitesse proche de celle de la lumière, le temps passe lentement, très lentement, alors qu’il défile pour le reste de l’humanité. Et tandis qu’il nous raconte vie militaire et combats, sur un ton d’ironie et de causticité, l’humanité change. À chacun de ses retours sur la planète mère, William Mandella en découvre les modifications, et perd peu à peu tous ses repères. Alors autant continuer le combat. »

Ça faisait un petit moment que je voulais vous parler de La Guerre Éternelle de Joe Haldeman. Ce roman de SF militaire m’a un peu dérouté au début (je l’ai lu en anglais et les termes scientifiques ont été compliqués à intégrer) pour ensuite complétement me bluffer.

Nous suivons les péripéties de William Mandella, jeune étudiant en physique, recruté d’office pour combattre un ennemi que personne n’a vu, les Taurans, mais que les Terriens sont bien décidés à détruire. Mais, dû à des questions de déplacements dans l’espace, pour quelques mois passés à l’armée, des décennies s’écoulent sur Terre. Ainsi à son premier retour après 2 ans de service il retrouve sa mère pour qui 25 années ont passé. Puis à la permission suivante ce sont 150 ans qui se sont écoulés, puis 400, puis 1100…

A partir de là l’auteur nous amène sur de multiples pistes de réflexions, à commencer par le parallèle avec la guerre du Vietnam. En effet écrit en 1974, le roman est un moyen pour l’auteur, qui a combattu dans cette guerre, de dénoncer la difficulté des soldats à comprendre et à se réintégrer dans la société après leur retour (les vétérans du Vietnam retrouvaient une société profondément changée par les idées de 1968 et la guerre était largement considérée comme couteuse et absurde). Loin d’être antimilitariste, le roman montre au contraire la situation terriblement injuste des vétérans, qui sont rejetés par une société hypocrite incapable de compassion envers ceux qui meurent pour elle. Le roman alterne donc entre les affectations diverses et les combats au bout de l’univers où le héros n’existe quasiment que comme soldat et où le vaisseau, la hiérarchie et les camardes composent tout son univers ; et des passages sur Terre ou d’autres planètes où on reconnait la nécessité de la guerre pour l’économie sans vraiment de considération pour les humains qui y laissent la vie, et où le conflit parait finalement lointain et ne concerne que les quelques soldats tirés au sort lors de la conscription, ce qui empêche toute indignation de l’opinion publique sur l’inutilité et les horreurs de la guerre.

Ce roman critique donc la guerre mais pas les soldats qu’il montre au contraire avec un côté très humains. Pour Joe Haldeman, point de héros, seulement des personnes qui survivent « un peu par hasard », comme le protagoniste, sachant que les soldats ont une chance sur 4 de mourir à cause d’un dysfonctionnement de leur armes et matériels ou une erreur d’un des leurs. Cela apporte une réelle tension au récit : l’auteur introduit beaucoup de personnages (des régiments entiers) et n’hésite donc pas à en tuer un grand nombre, pas seulement dans des combats mais parfois juste dans des manœuvres militaires. Cela renforce l’isolement du héros qui en plus des années qui l’éloignent de son époque perd également tout son entourage pour devenir seulement un pion, un rouage d’une guerre sans logique. Sous la plume de Haldeman, les soldats sont donc les premières victimes du système et d’une guerre du futur qui utilisent le conditionnement et l’hypnose pour produire des soldats plus inhumains et qu’ils espèrent, à mauvais escient, plus efficaces.

D’autres pistes de réflexions sont évoquées : la surpopulation sur Terre dans un futur proche et l’épuisement des ressources ; le fait qu’alors le système social devra s’adapter pour ne soigner que les personnes classées comme « utiles à la société ». L’auteur évoque également la relativité culturelle des mœurs : au début du roman en 1997, la grande majorité des êtres humains sont hétérosexuels mais, quelques décennies plus tard, le gouvernement encourage l’homosexualité pour réduire les naissances. Au fur et à mesure des siècles, le héros devient stigmatisé comme un pervers sexuel qui a l’audace d’être hétérosexuel et de ne pas vouloir être guéri de cette maladie. Les Taurans semblent parfois moins dangereux que l’opprobre publique.

Outre ces réflexions j’ai été véritablement époustouflée par la virtuosité avec laquelle l’auteur manie son concept de distorsion temporelle. Le film Interstellar peut aller se rhabiller. Dans La Guerre Éternelle le temps est intégré comme une variable comme une autre par l’armée : les armements évoluant avec le temps, à chaque affrontement les soldats ne savent pas s’ils vont rencontrer un ennemi qui sera plus avancé qu’eux de plusieurs siècles ou au contraire qui aura des armes primitives. De la même façon quand le héros William Mandella doit rejoindre son Lieutenant sur une certaine base (voyage qui lui prendra 10 mois mais au cours duquel 250 ans s’écouleront sur terre), il fait remarquer que son Lieutenant en question n’est pas encore né. Peu importe : l’armée ne pense pas en homme, elle pense en siècles. Tout cela m’a donné le vertige tellement les échelles de temps et de distance sont grandioses et tellement ce que vit le héros est démesuré. D’ailleurs la narration à la première personne au passé renforce l’impression de vivre avec lui le défilement des ans et permet des cliffhangers très efficaces en fin de chapitre qui donnent une envie folle de tourner la page.

 

En conclusion, La Guerre Éternelle de Joe Haldeman est un roman qui, tout en se passant dans le futur, a réussi avec brio à dénoncer la guerre et la situation de l’époque, comme peu de romans de SF ont su le faire. On salue des concepts futuristes comme le voyage spatiale ou l’évolution de la civilisation qui servent de cadre à la vie d’un héros très attachant, à l’humour parfois acide, qui nous sert d’observateur tout en étant pris dans de belles scènes d’action avec une réelle tension. Un très très grand roman de SF militaire et de SF tout court.

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2 réflexions sur “Ma chronique de La Guerre Eternelle de Joe Haldeman

  1. Je ne connais pas du tout, mais ton article donne très envie. Le fait que le personnage avance ainsi dans le futur sur Terre est super original, ça permet de découvrir le monde à chaque fois sous un regard nouveau. Un regard qui parfois se dit peut être également : »ah, mais bien sûr, qu’on est arrivés à ça ». Il doit sûrement percevoir mieux qu’un être humain normal les causes et les conséquences de certains aspects de la société ? Franchement, le roman a l’air hyper intéressant et déroutant à la fois. Franchement merci, je note le titre. Je le lirai plus que probablement !

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