Mon premier match d’écriture aux Imaginales

Bonjour à tous,

Comme promis, après mon récit des Imaginales d’Epinal 2018 voici un article pour vous parler un peu plus en détail du match d’écriture auquel j’ai participé lors du festival.

Le match d’écriture était organisé par l’association Présences d’Esprits qui publie le magazine AOC qui est un recueil de nouvelles de SFFF (à découvrir par ici). Le match se déroulait le vendredi après-midi à la bibliothèque municipal.

J’avais entendu parler du match d’écriture en lisant cet article du blog de Nathalie Bagadey, une autrice indépendante qui participe régulièrement aux Imaginales. Lire son témoignage m’avait donné le courage de tenter l’expérience.

Pourquoi voulais-je y participer, me demanderiez-vous si vous étiez face à moi ? Parce que depuis décembre, j’écris beaucoup de nouvelles pour des concours, appels à texte et anthologies. Je ne peux pas en parler sur ce blog car souvent le concours demande le secret et/ou l’exclusivité. (Mais sachez que si mes nouvelles ne sont pas sélectionnées et que je retrouve le droit de les publier de mon côté, je les regrouperai dans un recueil). Or j’ai découvert l’exercice très plaisant : il m’a permis d’explorer différentes techniques d’écriture (à la 1ère personne au passé, au présent, en utilisant les ellipses à outrance, en explorant des thèmes différents de ceux de Noosphère comme le space-opéra ou le post-apo). Et aussi j’ai découvert que j’écris mieux sous contrainte (j’attends d’ailleurs quelques jours avant la date butoir pour écrire ma nouvelle) et j’aime écrire sur un thème avec lequel je peux jouer et que je peux twister.

Malheureusement je ne m’étais pas inscrite à temps à celui des Imaginales et donc le jeudi matin, premier jour du salon, je me rends sur le stand de Présences d’Esprits pour leur demander s’il y a encore de la place pour participer (mes anciens collègues se souviendront de comment je peux harceler les gens si j’ai une idée en tête). Les organisateurs m’annoncent que c’est complet mais qu’ils peuvent m’inscrire sur liste d’attente. De plus, étant écrivain sans maison d’édition (donc auto-éditée) je suis classée dans les écrivains « amateurs » (je garde en tête que amateur signifie « qui cultive un art avec amour » et je ne m’insurge pas qu’on me prête ce nom 😊 ).

Je repasse sur leur stand le vendredi matin pour voir s’il y a eu un désistement et l’organisateur, Olivier, m’invite à me présenter au début du concours car ils ne savent pas encore si tous les inscrits vont effectivement se présenter.

Le vendredi après-midi, je suis donc à 14h à la bibliothèque, mon ordinateur portable avec moi, à attendre de voir si j’ai une place. Pour cela j’ai dû abandonner mon stand où j’avais pourtant bien dédicacé la veille et le matin. Vous voyez donc ma motivation extrême pour le match !

Les organisateurs viennent me voir : « Bon alors, Pierre Bordage ne viendra pas donc vous pouvez prendre sa place ».

!!!!!!!!!!

Grand prince, je m’incline « oui oui je peux remplacer Pierre Bordage » qui est juste un des plus grands noms de la SF française contemporaine 😊

La salle et les équipes

On nous conduit donc dans une salle à l’étage pour que nous constituions des équipes (6 équipes de 3) et pour nous expliquer les règles. Je rejoins deux jeunes femmes, Sophie et Aymeline, qui se connaissent déjà et qui sont présentes sur le salon en tant que visiteuses. Elles écrivent pour le plaisir en ayant jamais publié. Je suis ravie d’être avec elles, car depuis 6 ans que le concours existe les équipes « amateurs » ont toujours battu les équipes d’auteurs publiés en maison d’édition, et je ne doute pas de notre créativité et originalité. On nomme notre équipe les Naufrageurs des mots (avec un logo pirate).

Ensuite on nous présente les règles : 3 sujets vont être tirés au sort, chaque sujet doit être traité par une personne de l’équipe, une note sera attribuée à nos nouvelles et le classement se fera avec la note moyenne de l’équipe. Il y aura aussi un classement individuel. Les nouvelles sont anonymisées donc pas de discrimination ou de vote pour les copains.

Nous avons 1h37 pour écrire une nouvelle de la longueur qu’on désire. Nous pouvons également choisir de nous ajouter une « contrainte ». Il s’agit d’un lieu, d’un personnage, d’une action, que nous devons absolument inclure dans notre texte (sinon on a un point de pénalité). Pourquoi alors choisir une contrainte ? Pour se rajouter du temps : une contrainte ajoute 15mn de temps, 2 contraintes 30mn. Et le temps est précieux.

Fébriles, le cœur au bord des lèvres, nous préparons nos armes. L’ordinateur allumé et branché (même si ma batterie est chargée à 100%), une page word ouverte, internet aussi ouvert avec un dictionnaire des synonymes et un Bescherelle prêt, des bonbons sur la table pour l’énergie, un papier et un stylo pour griffonner des idées.

Les trois sujets sont tirés par des mains innocentes : « La nuit en fermant les yeux », « c’était écrit dans les cartes », « Machine addict ». Nous avons quelques minutes pour nous repartir les thèmes. Ayant envie d’écrire du cyber punk dernièrement, je demande d’emblée à Sophie et Aymeline si je peux prendre le thème « Machine Addict ». Elles me le laissent avec joie. Aymeline prend le sujet « c’était écrit dans les cartes » et Sophie « la nuit en fermant les yeux ». Finalement nous n’avons pas eu besoin de nous battre et nous sommes toutes les trois contentes avec nos thèmes.

Sophie et Aymeline ont déjà des idées plein la tête et je suis ébahie par leur inventivité et la façon dont elle twiste le sujet. Pour ma part je réalise que malgré un thème qui me parle, mon esprit est complétement vide. Il revient toujours à ma nouvelle « Citoyen+ » qui parle plus ou moins de l’impact des réseaux sociaux sur notre vie, et aussi à une autre nouvelle que j’ai en tête et que je dois soumettre à un concours en juin. Je me retrouve incapable de me détacher de ce que j’ai déjà imaginé et je sèche.

Or voilà qu’Olivier passe dans les rangs pour nous proposer de tirer une contrainte. Je ne voulais pas en prendre à l’origine car en rajoutant 15mn de temps, ça me tient éloigné d’autant de mon stand, mais une contrainte m’orienterait. Je tire donc et tombe sur « Un grand magasin ». Aussitôt les images se forment dans mon esprit et je vois l’histoire se dérouler sous mes yeux. Sophie et Aymeline prennent aussi une contrainte : « un pompier malingre » pour Sophie et « au septième cierge » pour Aymeline. Nous avons ensuite 8mn pour discuter entre nous et nous n’avons pas le droit d’écrire une ligne. On se donne des conseils et des idées et ensuite le coup de feu est lancé.

1h37 d’écriture + 15mn grâce à la contrainte tirée. Je me dis que je suis large et que j’ai le temps. Je commence à taper, assez rapidement quand même. Le personnage, le lieu, l’ambiance… je tape je tape. Assez confiante car je suis bien entrainée à la nouvelle maintenant et j’ai ma chute (ce qui est essentiel). Arrive un moment où j’ai écrit une page et demi en A4 d’un texte qui me plait beaucoup. Et là je commence un nouveau paragraphe et j’ai l’illumination : c’est maintenant que commence mon histoire ! Tout ce qui est au-dessus ne sert à rien. Il devait exister dans mon esprit mais il rend le démarrage beaucoup trop long. Je prends une profonde inspiration, mange des fraises tagada. J’ai perdu 45mn. Pas grave. Je commence à écrire frénétiquement. Heureusement certains passages demandent un phrasé rythmé et nerveux. Exactement comme je le suis.

Avec Aymeline et Sophie, en pleine écriture

Plus que 30mn et je suis loin de la chute. Plus que 20. On discute un peu toutes les 3 pour valider ou non certaines disgressions. L’ordinateur de Sophie plante. Elle réussit à retrouver son texte et tape frénétiquement. Plus que 10mn. J’arrive à la chute que je pose en vitesse. Je lance une correction automatique, corrige vaguement les erreurs de ponctuation. Plus que 5mn, je relis. Olivier apporte la clef USB où on doit mettre nos textes. Je décide d’un titre en 1 seconde : « Beautés »; et hop, c’est fini.

Je respire enfin. On se regarde hébétées. Avec des niveaux plus ou moins avancés de correction, on a toutes réussi à finir en respectant nos contraintes, en faisant entre 6000 et 10000 signes espaces compris, soit 3 pages A4 (et dire que j’ai supprimé une grosse partie de mon texte).

Je range tout et file au stand.

Le lendemain matin les nouvelles sont en ligne et le public les lit et vote pour sa préférée. En même temps un jury de pro lit toutes les nouvelles et les note.

Le dimanche les résultats sont annoncés au kiosque à musique : notre équipe finit 1ère !!!! En individuel Aymeline finit 1ère ex æquo et je finis 3ème. Nos nouvelles seront publiées dans le AOC de décembre. On gagne aussi 1 an d’abonnement à AOC et au club présence d’esprit.

L’annonce des résultats

 

La remise des diplômes !

Une fois de plus des « amateurs » ont gagné face à des pros ! Même si je trouve que je commence à accumuler pas mal d’expérience en écriture (c’est le moins qu’on puisse dire).

Je retrouve tout le monde à mon stand et je vais voir Nathalie Bagadey dans la bulle du livre pour lui montrer mon super diplôme et la remercier de m’avoir donné le courage de me lancer.

Merci Nathalie !

En conclusion, je dirai que je suis super heureuse d’avoir osé cette expérience. On réalise que l’écriture est un sport et on est poussé dans nos limites en nous retirant ce qui parfois nous inspire nos meilleures histoires : le temps, la contemplation et la liberté de laisser nos esprits flâner pour faire murir une intrigue. Que nous reste-t-il alors ? Les premières images, les premières idées qu’on s’oblige à traiter faute d’avoir le temps d’en conjurer d’autres, un texte brut qui va au cœur du message qu’on veut faire passer. Et l’écriture qui n’est plus la transcription d’une pensée aboutie mais le moteur même de la création de l’histoire qui nait au bout des doigts plus que dans la tête.

Un super exercice et une super expérience, que je recommande à tout auteur.

 

J’espère que cet article vous a plu et vous a donné envie de tenter ce genre de match d’écriture. Si jamais vous voulez lire les nouvelles, elles sont encore disponibles sur le site de Présences d’Esprits par là. De plus très prochainement je vais publier de mon côté une nouvelle gratuite qui s’appellera « Citoyen+ ». Pour être tenu au courant de sa sortie mais également de la sortie de l’AOC de Présences d’Esprits et de toutes mes autres publications, il vous suffit de me suivre sur les réseaux sociaux et/ou de là d’où vous venez (Insta, Livraddict, Helocoton, FB etc)

 

4 réflexions sur “Mon premier match d’écriture aux Imaginales

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