Réflexions libres apportées par le vent de Bretagne

Bonjour à tous,

Ces derniers jours je suis partie en vacances, loin de mon bureau et de mon ordinateur, de ma rue et de mon supermarché, de mes habitudes, de ma liste de choses à faire, de vous. Nous sommes partis dans le Finistère Sud, une carte routière et un guide vert à la main, mais souvent le nez en l’air à l’affût d’un lieu ou d’une construction à visiter.

Activités bien communes en réalité que les balades. J’en ai faites par le passé, j’en ferai à l’avenir. Et comme une grande partie d’entre vous je partirai en vacances encore et encore.

Et pourtant.

Pourtant ces quelques jours m’ont rappelé plusieurs choses, plusieurs petits messages oubliés, anciennement chers à mon cœur, qui refaisaient surface, décapés par le vent tourmenté de la côte bretonne. Ils m’ont fait prendre conscience que ma vie ces derniers mois se concentrait inlassablement sur un écran d’ordinateur, de téléphone, de tablette. Sur un rectangle de lumière qui devenait ma vision du monde. Mes écrits et mes textes, que depuis longtemps je ne couche plus sur papier, mais aussi ma vie sociale, mes traits d’humeur et d’humour, mes débats et mes indignations, tout cela se projetait avant tout sur une surface plane en 2D, faite de pixels et de rétroéclairage.

J’étais rétro-éclairée.

Assaillie sans cesse par la lumière que je créais et que l’écran me renvoyait. Ma vie si riche et débordante devait se concentrer, se ratatiner, s’étriquer, se conformer, pour entrer dans ce rectangle de lumière. Et partir sur un réseau qui évoquait une profondeur que l’écran plat de mon ordinateur ne lui donnait pas.

Mais ces quelques jours m’ont rendu au monde. Sur une colline où la rosée qui glaçait les herbes hautes s’accrochait à mes jambes, au pied d’une église aux pierres noires et anciennes qui tenait encore debout par le miracle du génie des hommes, sur un port qui évoquait les départs des vieux gréements vers des dangers et des félicités inconnus, j’ai retrouvé la profondeur de la réalité, cette profondeur jusqu’à l’horizon.

Les paysages devant moi étaient éclairés par un soleil timide et par mon émotion. Ils existaient en dehors de moi, en dehors de ma création, de ce que je pouvais écrire sur eux, de ce que je pouvais en dire à d’autres personnes sur un réseau quelconque. Ils existaient depuis longtemps et me survivraient sûrement. Ma contemplation était gratuite, de l’admiration pure, sans algorithme ou filtre de recherche, sans cliché à « liker » ou à partager. Je n’avais rien à partager d’ailleurs car ce monde s’offrait à moi comme il s’offrait à tous, sans la nécessité de le faire circuler ou de le diffuser. Il attendait l’homme et son regard ; et quelque part ces grandes falaises de granit, ces vagues furieuses et ces forêts millénaires se moquaient un peu de la petitesse de l’être humain.

On dit qu’il y a un effet puissant à contempler le Beau. Je trouve que c’est aussi vrai pour le Grand.

Renvoyée à ma taille, à mon enveloppe corporelle, à ma temporalité, bien loin de ces réseaux où je projette mon esprit et ma créativité pour devenir immortelle, je me retrouvais moi, individu unique dans un espace-temps que le souffle du vent, les cris des oiseaux et les déferlements de l’océan gardaient présent à mon esprit. Comme si une force plus puissante que moi m’extirpait du virtuel pour m’ancrer ici. Enfin.

Et alors j’ai respiré.

Mon corps lui-même a retrouvé sa profondeur, sa troisième dimension. Mes poumons se sont gonflés, mes jambes se sont tendues, mes mains ont agrippés cette vie flamboyante. Loin d’une posture recroquevillée faite de micro-mouvements, les paysages de la nature m’appelaient à les saisir et à les arpenter. Et à chaque pas je sentais l’énergie de la terre qui remontait le long de mes membres ; chaque inspiration m’apportait un sentiment de connexion au monde qu’aucun réseau n’aurait pu me procurer. Le monde me nourrissait, en retour de mon amour pour lui, et m’accueillait comme l’enfant qui rentre à la maison après une longue absence.

La terre. Moi. Dans toute notre profondeur et notre gloire. Fébriles et inébranlables. Éternelles et éphémères. Réelles.

 

3 réflexions sur “Réflexions libres apportées par le vent de Bretagne

  1. Sacré texte, dont la teneur remue des choses qui (je l’espère) touchent tout le monde. Je m’oblige pour ma part à sortir, très tard le soir en ville, pour marcher, souvent en croisant des gens, et régulièrement, comme un besoin vital (oui, identique à celui du plateau de fromages), je pars en randonnée, pour respirer du vrai air et faire souffrir les jambons me tenant lieu de jambes. Cela apporte de l’oxygène, pour le corps mais surtout pour l’esprit.

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  2. C’est étonnant,la lecture de ton article me conforte davantage dans le choix de ma prochaine destination vacances en Août En ce moment, c’est à dire depuis une bonne semaine maintenant,le choix du Finistère s’impose à moi Je ne peux pas lire un magazine,écouter la radio,ouvrir un livre ,discuter avec certains de mes clients ,lire ton blog sans que le Finistère me tende les bras…..c’est un signe!!!Et j’ai aucun doute quant aux émotions qui m’attendent,qu’elles soient visuelles,olfactives,sensorielles….Je ne peux me passer de la mer,de ses embruns,du roulement de ses vagues,de ses marées,de la douceur du sable sous mes pieds ….Elle est vivifiante et énergisante J’ai hâte d’y être ,de lâcher prise et de contempler.Merci pour ton article

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