Chronique La Quête Onirique de Vellitt Boe de Kij Johnson

« Vellitt Boe est enseignante à la prestigieuse université d’Ulthar.
Quand l’une de ses étudiantes les plus douées s’enfuit avec un rêveur du monde de l’éveil, Vellitt décide de partir sur ses traces avec l’espoir de ramener son élève dans le giron des rêves du monde de Kadath.
Mais après tout, l’Amour ne vaut-il pas le Rêve ?
Quête initiatique au cœur d’une des plus fascinantes créations d’H.P. Lovecraft, récit hommage à la mythologie du Maître de Providence, mais aussi réflexion aiguisée et sans concession sur la place des femmes dans l’une des œuvres fantastiques majeures du XXe siècle, La Quête onirique de Vellitt Boe réussit l’improbable mariage du vertige de l’émerveillement avec la critique sociale acerbe. »

Je me suis procuré le roman de Kij Johnson, La Quête Onirique de Vellitt Boe, sur le stand du Belial au Salon du Livre de Paris, alors que je dédicaçais mon roman sur le stand voisin. J’avais déjà vu une chronique de ce roman et j’étais assez curieuse car j’avais vaguement retenu qu’il mettait en scène une femme d’une cinquantaine d’années, chose très rare en Fantasy/SF. J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec le responsable du stand mais également avec Nicolas Fructus, l’illustrateur qui a fait les magnifiques dessins de cette édition du roman et qui m’a fait une sublime dédicace. Tous deux m’ont parlé du fait que ce roman était en fait un roman miroir du livre La Quête Onirique de Kadath l’inconnue de HP Lovecraft, mais ils m’ont affirmé que je n’étais pas obligé de l’avoir lu pour apprécier le livre de Kij Johnson. Je suis donc repartie avec ce livre sous le bras.

Les jours passants j’ai oublié ce qu’ils m’avaient dit et quand j’ai ouvert ce roman je ne pensais ni à Lovecraft, ni à Kadath l’inconnue, juste à Vellitt Boe.

La dédicace dessinée de l’illustrateur du roman, Nicolas Fructus

Et ce fut un coup de cœur.

Quand j’ai voulu écrire ma chronique il y a quelques jours je me suis interrompue en me disant qu’il fallait que je vous parle de Kadath et de Lovecraft et donc que je le lise. Dans le livre de Lovecraft, le jeune Randolph Carter quitte le monde de l’éveil et voyage dans les contrées du rêve, un endroit fantasmagorique peuplé de monstres, de goules, de dieux impitoyables, au milieu de lieux mystérieux et extrêmement dangereux. Le livre de Kij Johnson est un miroir car nous suivons la quête de Vellitt Boe, une femme (!) d’une cinquantaine d’années (!), qui vit dans les contrées du rêve et doit rejoindre le monde de l’éveil pour sauver son université et sa ville.

Mais finalement j’ai décidé de ne pas lire le livre de Lovecraft, pas tout de suite du moins, non pas que l’histoire de Randolph Carter ne m’intéresse pas, mais parce que par respect pour Kij Johnson, Vellitt Boe et ce qu’elles représentent je ne veux pas parler de La Quête Onirique de Vellitt Boe comme « l’Autre » livre (merci Simone de Beauvoir), mais bien comme un roman à part entière.

L’auteure nous livre ici un récit avec plusieurs niveaux de lecture ; un texte court qui fourmille de thèmes et de sous-thèmes. La place de la femme d’abord : dans ce roman les femmes n’ont pas le droit à l’erreur et si l’une, qui a voulu s’élever au-dessus de sa condition en faisant des études par exemple, fait un faux pas, c’est toute la communauté de femmes qui est jugée et punie. Ainsi il y a un rappel qu’elles doivent rester à leur place sans renverser l’ordre établi. Injonction que Vellitt et Clarie défient. La question des décisions de vie et des regrets est aussi abordée : Vellitt Boe n’est pas une jeune femme de 18 ans qui se lance dans une aventure pour trouver sa valeur et sa voie. Elle sait qui elle est, elle a déjà vécu, elle a fait des erreurs, voyagé, eu des aventures, fait des choix. Le regard qu’elle porte sur ce qui l’entoure dans son voyage est plein de questionnements subtils : peut-on redevenir la personne qu’on était plus jeune, retracer son chemin, retourner sur les lieux de son passé ? Nos choix ont-ils vraiment été les nôtres ? Dans un monde aux dieux tout puissants, ont-ils vraiment une importance ? L’auteur explore aussi le thème de l’âge à travers ce que Vellitt pense d’elle-même mais aussi à travers le jugement des personnages secondaires qui voient une femme âgée qui se permet de continuer à exister, de prendre des risques, d’affronter l’inconnu, d’aimer et de rejeter le rôle qu’on attend d’elle.

Une des illustrations de Nicolas Fructus

La plume de l’auteure est légère et agréable, terriblement efficace et, comme le regard de Vellit, sans hypocrisie et nostalgie inutile. On est emporté dans un voyage dépaysant et fascinant, aux côtés d’une héroïne qui sort des clichés du genre et se révèle d’une fraicheur bienvenue.

Rien que pour soutenir ce genre de récit (mettant en scène une femme âgée) je vous conseille de vous procurer ce roman. Afin que les auteurs et éditeurs réalisent que les lecteurs désirent des personnages plus variés, complexes et réalistes, au lieu de se voir servir constamment « le jeune aventurier trentenaire » ou « l’adolescente ingénue et innocente de 16 ans ».

 

En conclusion, La Quête Onirique de Vellitt Boe est un roman immersif à plusieurs niveaux de lecture, avec une vraie héroïne auquel on s’attache, un univers lovecraftien qui peut vous réconcilier avec cet auteur, sans avoir besoin d’aller lire le roman dont il s’inspire.

Un gros coup de cœur que je recommande chaudement !

Une réflexion sur “Chronique La Quête Onirique de Vellitt Boe de Kij Johnson

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.