Ma chronique de Anna de Niccolò Ammaniti

Sicile, 2020. Un virus mortel, « la Rouge », a déferlé sur l’Europe quatre ans auparavant et décimé la population adulte ; les jeunes, eux, sont protégés jusqu’à l’âge de la puberté. Anna se retrouve seule avec Astor, son petit frère de quatre ans.
Elle doit affronter le monde extérieur avec ses cadavres, ses charognards, ses chiens errants et affamés, l’odeur pestilentielle, pour trouver, quand il en reste, des médicaments, des bougies, des piles, des boîtes de conserve, avec comme unique guide dans cette lutte pour la survie, le cahier d’instructions que lui a légué leur mère avant d’être emportée par la maladie.
Lorsqu’Astor disparaît, Anna part à sa recherche, prête à défier les bandes d’enfants sauvages qui errent à travers les rues désertes, les centres commerciaux et les bois. Mais l’ordre appartient au passé et les règles d’autrefois ont été oubliées. Pour réussir à sauver Astor, Anna va devoir en inventer de nouvelles, parcourant ce monde à l’abandon où la nature a repris ses droits, ne laissant que les vestiges d’une civilisation qui a couru à sa propre perte.
Une véritable odyssée des temps modernes où s’entremêlent lumière et ténèbres, un duel permanent entre la vie et la mort.

 

Il y a quelques mois je suis tombée sur le roman Anna de Niccolò Ammaniti à la bibliothèque de ma ville. Je me suis souvenue avoir vu quelqu’un le conseiller sur les réseaux sociaux et donc, puisque je ne trouvais pas les romans d’Andrevon et de Fetjaine que je désirais je l’ai emprunté par dépit.

Et grand bien m’en a pris.

Anna est un roman de science-fiction dans le sous-genre du roman Post-apocalyptique. Et si l’héroïne est une petite fille de 13 ans, je ne mettrai pas ce livre entre les mains d’un enfant, voire d’un ado.

On se retrouve donc dans un monde où Sa Majesté des Mouches de William Golding rencontre La Route de Cormac McCarthy, le tout en Sicile, ce qui ajoute une touche d’exotisme pour nous, lecteurs français. Mais il s’agit pourtant d’un faux récit survivaliste car le constat est assez clair dès le début : à la puberté tout le monde attrape la maladie, La Rouge, et meurt. En gros, on ne survit pas à l’enfance.

Pour un post-apo, on retrouve dans ce roman les grands classiques du genre : recherche de nourriture, combat contre des chiens errants, proportion énorme que prend chaque maladie quand on n’a pas de médecin à portée de main ou que les pharmacies ont déjà été pillées. Mais Anna c’est aussi un roman qui se place du point de vue d’une petite fille qui avait 9 ans quand l’épidémie a tué tous les adultes et qui, aujourd’hui, à 13 ans, doit protéger son petit frère en suivant son bon sens, en se rappelant ce qu’elle a appris quand les adultes étaient encore en vie, en suivant les instructions que sa mère a laissé dans le « cahier des choses importantes », mais aussi en créant ses propres règles et ses propres astuces.

La beauté de ce roman c’est de nous faire tenir avec Anna sur cette fine ligne entre vie d’enfant et vie d’adulte. Entre les rêves, les illusions, les jeux qu’on imagine ensemble, les désirs qui, s’y on y croit assez fort, peuvent devenir réalité, et cette logique d’adulte implacable, ces choses à faire, ces besoins auxquels il faut répondre, ces règles à suivre. Anna doit réinventer le monde adulte qui a disparu en en devenant une mais alors qu’on imagine que cela signifie devenir responsable elle peut aussi partir dans des excès bien adultes pourtant que sont des crises de désespoir, de violence, d’amour et même d’addictions. Au final on se demande qui entre un adulte et un enfant est le plus raisonnable et est-ce qu’il faut désirer grandir quand on n’est pas sûr que ça nous permette de survivre.

Le monde adulte hante ce nouveau monde des enfants comme des fantômes, par les ruines qu’il laisse derrière lui mais aussi par des flashbacks qui présentent les adultes qui étaient auparavant dans leur vie et qui ont réussi à les façonner avant de mourir, leur donnant de maigres outils pour s’en sortir seuls. Ces adultes sont aussi présents dans leur absence, quand on découvre avec horreur tout ce que les enfants peuvent faire quand ils sont laissés à eux-mêmes, ne connaissant pas de limite à leur pouvoir d’humains, quand ils ne prennent pas la mesure de l’apocalypse qui est survenue et qui menace encore. L’auteur ne pose pas de filtre à cette enfance où tout est exacerbé, tout comme aucun adulte ne vient leur poser d’interdit, et on se retrouve plongé dans ces délires de gamins, parfois indécents, irrespectueux et qui donnent la nausée, mais qui pourtant sonnent juste sous la plume d’Ammaniti.

Allégorie de l’enfance qui disparaît, du monde adulte qui ne remplit jamais vraiment ses promesses, du fait qu’on grandit plus parce que le temps passe que par désir, Anna est un roman immersif, puissant, qui frise l’absurde et l’onirique.

Une belle découverte dans le post-apocalyptique, qui remue les tripes et ne laisse pas indifférent.

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