3 romans de SFFF où la forme reflète parfaitement le fond

Comme nous l’avons appris quand nous étions enfants, sur les bancs de l’école, un texte se compose d’une forme et d’un fond. Le fond est le message du livre, son sens, son essence même. La forme est le véhicule de ce sens et donc les procédés d’écriture utilisés pour servir ce fond.

Une écriture fluide, bien ponctuée, cristalline aide à faire ressortir le fond qui coule naturellement des pages du livre vers le lecteur. Quelque part la forme est si limpide et, on peut dire, classique qu’elle se fait oublier au profit du sens et on obtient des romans très immersifs (comme j’espère est le mien). Mais certains auteurs ont été plus audacieux et ont reflété dans la forme du texte, le fond même du roman. Ces romans marquent souvent fortement le lecteur car le message qu’il reçoit est porté de concert par les deux aspects de sa lecture.

Voici trois romans dont la forme traduit le fond. Pour faciliter ma sélection j’ai choisi de ne les prendre que parmi mon genre de prédilection, la SFFF (Science-Fiction, Fantastique, Fantasy).

C’est parti !

1/ Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, publié en 1966

« Si l’opération réussi bien je montrerai a cète souris d’Algernon que je peux être ossi un télijen quelle et même plus. Et je pourrai mieux lire et ne pas faire de fotes en écrivan et apprendre des tas de choses et être comme les otres.  » Charlie Gordon a 33 ans et l’âge mental d’un enfant de 6 ans. Il voit sa vie bouleversée le jour où, comme la souris Algernon, il subit une opération qui multipliera son Q.I. par 3. Charles va enfin pouvoir réaliser son rêve. devenir intelligent. Au jour le jour, il fait le compte rendu de ses progrès. Mais jusqu’où cette ascension va-t-elle le mener ?

Ce roman a reçu le prix Nebula du meilleur roman en 1966.

Des Fleurs pour Algernon est le journal intime d’un jeune homme handicapé mental qui, suite à une expérience scientifique, rattrape son retard intellectuel et finalement devient extrêmement intelligent. Ainsi nous voyons dans l’écriture même du récit l’évolution du personnage à travers tout le roman : partant d’une écriture phonétique, sans ponctuation ni structure, les pages se remplissent progressivement d’un texte plus élaboré, contenant des fautes d’orthographe et de grammaire, certes, mais montrant une meilleure maîtrise de la ponctuation et de la construction des phrases, pour finalement aboutir à une écriture très évoluée, poétique et profonde. L’utilisation du procédé du journal intime est certes une ruse facile pour faire passer ce double message, mais ce roman n’en reste pas moins un des plus grands romans de science-fiction du siècle.

Outre cette particularité stylistique, ce roman fait passer, à travers le personnage de Charlie, des messages poignants et emprunts de sagesse. Ainsi le héros réalise qu’il n’est pas plus heureux en étant plus intelligent et que si on s’est moqué de lui toute sa vie, au moins jusqu’ici il n’en avait pas conscience. J’ai aussi particulièrement aimé comment le héros s’ouvre progressivement à l’art et à la musique. Enfin ses réflexions sur l’amour et la compassion sont criante d’actualité à l’heure où on parle tant de performance intellectuelle. Je vous laisse donc avec une citation du livre :

“L’intelligence et l’instruction qui ne sont pas tempérées par une chaleur humaine ne valent pas cher […] trop souvent la recherche du savoir chasse la recherche de l’amour. L’intelligence sans la capacité de donner et de recevoir une affection mène à l’écroulement mental et moral, à la psychose.”

2/ Le temps n’est rien de Audrey Niffenegger, publié en 2003

Henry De Tamble est atteint d’une maladie génétique unique qui le fait voyager dans le temps malgré lui : il ne contrôle ni à quel moment il va quitter le présent, ni où et quand il va aller, ni combien de temps durera son voyage. Ce roman raconte son histoire d’amour avec Claire Abshire, fluctuant au gré de ses allées et venues dans le temps.

Voilà donc un roman qui nous parle de voyage dans le temps… Rien de bien spécial me diront les spécialistes du genre qui en ont vu d’autres (et qui ont été élevés à coup de rediffusions annuelles de « Retour vers le Futur »). Certes.

Cependant voilà, pour servir une histoire d’amour somme toute assez classique (ils s’aiment à la folie et rien ne peut les séparer), l’auteur a décidé de nous faire également voyager dans le temps comme le héros. Henri se déplace tout au long de sa vie sans pouvoir décider où et quand et sans pouvoir changer quoique ce soit au passé. Ainsi le récit (qui a pour narrateur Henri ou Claire) ne suit pas l’ordre chronologique de leurs vies mais bondit comme Henri sans logique apparente et sans suivre son « vieillissement chronologique » . A chaque nouvelle période, nous sommes informés de l’âge de chacun des personnages (une fois Henri a 25 ans et Claire 8, la fois suivante Henri 37 et Claire 32, puis Henri en a 3 et Claire 28…). Et donc nous voyageons encore et encore, glissant le long de leur vie, ballotés au gré des caprices du pouvoir complètement aléatoire du héros.

Et finalement le message du fond se retrouve doublé par cette forme si particulière : le temps n’est rien (tiens tiens c’est le titre français d’ailleurs…). Car où que nous soyons dans le temps, les deux protagonistes sont l’amour unique de la vie l’un de l’autre peu importe l’époque, et quelques soient les épreuves qu’ils traversent, leur passé, présent et futur sont toujours contenus entièrement dans cette seconde d’éternité qu’est leur amour. Le roman traite aussi de l’acceptation, car le passé ne pouvant être changé, les cicatrices de l’âme sont immuables et les douleurs futures sont finalement déjà là. Mais, et c’est le message d’espoir du roman, les bonheurs aussi.

Du fantastique très romantique donc avec des personnages attachants (et pas mièvres du tout) qui nous entrainent avec eux dans ce rythme décousu.

3/ La route de Cormac McCarthy publié en 2006

L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie.

Ce roman a reçu le prix Pullitzer en 2007 et le prix Ignotus en 2008.

Que dire de ce roman ? Tout d’abord, ne le lisez pas comme moi par une nuit sombre avec une tempête dehors… Bien que n’étant pas un roman d’horreur mais bien un roman post-apocalyptique, ce livre m’a donné des suées froides tellement le monde qu’il décrit est terrifiant. Les thèmes abordés sont pourtant assez classiques dans ce sous-genre de la science-fiction : survivalisme, recherche de nourriture, perte d’humanité de hordes de survivants, cannibalisme, etc. Mais le fond de l’histoire est d’autant plus puissant qu’il est porté par une forme qui le traduit parfaitement, c’est-à-dire une forme complètement épurée.

Ici l’auteur a abandonné les conventions des dialogues (guillemets, tirets, indication de la personne qui parle) pour ne garder que le texte, que l’échange. Car au final c’est la seule chose qu’il reste au père et au garçon qui sont les deux personnages principaux : leur lien, leurs sentiments, espoir et désespoir, qui passent de l’un à l’autre par des phrases courtes, par des non-dits aussi. Même les échanges avec les autres personnages, en flashback ou autres, sont aussi épurés. L’humanité glisse vers le néant, les survivants s’en dépouillent presque pour gagner un jour de plus sur cette terre : pourquoi s’encombrer de conventions, de forme, de signes ? Tout comme les humains reviennent vers ce qui fait leur être profond (l’état animal et sauvage pour certains, l’amour filial pour nos héros), la forme s’efface pour donner au lecteur un texte nu et des sentiments bruts qu’il reçoit en plein visage et qui donne une sacrée claque.

Un livre court mais doublement puissant dans sa forme et son fond.

J’espère que cet article vous a plu ! N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour citer d’autres romans dont la forme reflète le fond et à liker ma page Facebook, mon profil Hellocoton ou mon profil Livraddict J

Et bien sûr, n’hésitez pas à aller commander mon propre roman de science-fiction Noosphère ou à en lire le premier chapitre ici.

Bises à tous !

5 réflexions sur “3 romans de SFFF où la forme reflète parfaitement le fond

  1. Des trois, je n’ai pu lire que le dernier, « la route ». J’aime énormément lire, mais je n’ai pas réussi à le terminer à cause de l’absence de conventions, ce qui fait que je passais souvent plus de temps à me demander si quelqu’un parlait, et qui, qu’à apprécier la lecture.
    J’ai bien envie de lire les deux autres, par contre ! 😀

    J'aime

  2. Merci beaucoup Audrey pour ces recommandations. Après avoir lu ton article, j’ai emprunté à la médiathèque le roman de Cormac McCarthy, La route. Effectivement, son style d’écriture était très troublant, mais aussi très captivant et je l’ai lu rapidement. Je sais maintenant où chercher des idées de lecture, trop bien !

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.