Nouveau Nouvel An

A l’occasion du Nouvel An 2018 et suite à l’appel de lecteurs d’un groupe Facebook, j’ai écrit un court texte aux inspirations Steampunk/post-apo sur le sujet. Le voici maintenant pour vous sur mon blog. Bonne lecture !!! (et bonne année!)

Xin donna un dernier coup d’épaule et la porte de métal céda dans un grand fracas, envoyant voltiger de la poussière dans les rayons timides du soleil levant. Elle s’assura que les montants n’allaient pas s’affaisser et franchit l’entrée. Un immense hall s’étalait devant elle et de majestueux escaliers partaient des deux côtés jusqu’au étages supérieurs. Les débris au sol rendaient sa progression difficile. Des morceaux entiers de plafond écroulé avaient fendu les grandes plaques de marbres, des meubles en bois jonchaient le sol au milieu d’une multitude d’autres objets. Un bruit sur sa gauche la fit sursauter et elle aperçut un couple de mécachouettes qui s’envolèrent dans un bruissement d’ailes métalliques.
Xin ne devait pas trainer. Les pilleurs de ruines étaient vite repérés par les mécapoliciers. Elle régla sa vue à l’obscurité persistante et poussa différentes manettes sur son bras pour que ses poumons mécaniques s’adaptent à la faible teneur en oxygène de l’air. Une fois mieux préparée à l’environnement, elle reprit son exploration. Il lui sembla d’abord qu’elle se trouvait dans une de ces maisons communes que les habitants de cette région quelques 500 ans plus tôt appelaient « mairie », mais dès qu’elle pénétra dans la salle du fond et vit les rayonnages au mur et les objets étranges au sol, elle comprit qu’il n’en était rien. L’endroit ressemblait plutôt à une salle de stockage et le luxe du lieu lui laissait penser qu’on y stockait des choses précieuses. Sa main chromée saisit un objet parmi les centaines éparpillés à terre. Sous ses doigts, il était difficile à manipuler. De nombreuses parties très fines et légères, reliées en leur centre à une tranche plus rigide, volaient dans tous les sens. Deux rectangles de cuir, de la même matière que la tranche encadraient les multiples parties sur lesquelles Xin discernait des lignes de symboles noirs et resserrés. Au fond d’elle-même, au-delà de son cœur d’acier, de ses poumons de cuir, et de ses yeux de verre, une petite braise, souvenir d’un monde ancien, venait de se rallumer. Il lui semblait qu’elle, ou quelqu’un avant elle, avait du aimer cet objet, aimer en caresser la reliure, en feuilleter les parties, en humer le parfum, en parcourir les symboles. C’était une sensation trouble qui s’éveillait timidement dans la pénombre de la pièce, loin du bruit mécanique et étouffé du monde du dehors, au milieu de la lumière diaphane qui tombait sur de longues tables de bois.
Glissant l’objet dans sa besace, Xin s’approcha d’un mur où pendaient de grands objets plats. Les mêmes symboles s’y étalaient pour des yeux depuis longtemps refermés. Xin fit appel à sa mémoire et parvint à déchiffrer quelques symboles qui, lui semblait-il, s’appelaient « chiffres ». Devant le calendrier qui prenait enfin sens devant elle, la jeune automate fit un rapide calcul. Il datait d’il y a 452 ans. Une époque révolue, bien avant que les humains ne remplacent leurs organes par des modèles mécaniques qui résistaient mieux à l’air pollué de la planète et aux radiations qui ravageaient les cinq continents, et encore bien avant que les muscles, la peau et le squelette ne subissent le même processus. Xin se pencha un peu plus et son doigt lisse et froid se posa sur une case. D’après les symboles, la date finale du calendrier était le 31 d’un mois appelé décembre. La vie s’était suspendue à cette date et l’édifice avait été abandonné par une humanité plongée dans le chaos.
Dehors une sirène retentit soudainement et une dizaine de mécachouettes s’envolèrent d’un recoin d’ombre pour s’enfuir par une fenêtre brisée. Xin bondit vers la sortie en courant, soulevant autour d’elle des gerbes de poussières et de souvenirs. Son esprit balaya les fantômes du passé et se concentra sur sa fuite. Quand enfin elle sortit de l’édifice, elle retrouva ses deux acolytes qui l’avaient prévenue de l’arrivé des mécapoliciers et ils partirent en trombe dans leur véhicule brinquebalant. Ce ne fut que plus tard qu’elle sortit de sa sacoche l’objet qu’elle avait volé.
– Belle prise, dit le conducteur en fonçant sur la route cabossée. Ça peut rapporter gros.
– Je ne vais pas le vendre, dit simplement Xin. Je pense que je vais le lire.
– Le quoi ? demanda l’homme-automate. Qu’est-ce que c’est ?
– Je crois que c’est un « livre ». C’est une belle journée pour commencer un « livre », non ?
– Pourquoi ? Quel jour sommes-nous ?
– Le 1er janvier, apparemment.
Et Xin sourit en tournant les premières pages.

 

 

6 réflexions sur “Nouveau Nouvel An

  1. En parcourant le blog d’Apophis (https://lecultedapophis.com/), j’ai découvert une critique de ta nouvelle « Ciyoyen + ». Je ne suis pas un adepte du format court mais il m’a convaincu de la lire.

    Mais avant, j’ai fait un tour sur ton site et je suis tombé sur ce très court texte et il m’a ravi. Voilà, un univers qui me parle, très visuel, poétique et j’ai un faible pour les histoires de « robots » au sens large du terme.

    Je vais de ce pas lire la nouvelle.

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