3 grands romans de science-fiction écrits par des écrivains de littérature générale

On parle souvent des « écrivains de science-fiction » et on les met automatiquement dans une catégorie à part. Il y a eux (dont moi) et les autres. Puis il y a les écrivains de polar, de romance, de fantasy, etc. Et de fil en aiguille, d’article en référencement, tout le monde est bien classé dans sa petite catégorie bien claire et bien au chaud avec son étiquette sur le front et au dos de ses ouvrages. Mais quand un auteur écrit dans plusieurs genres, on hésite, on se gratte l’oreille, on bascule d’un pied sur l’autre. « Oui, mais bon ses plus grandes œuvres sont quand même dans ce genre-ci ou ce genre-là ». Et surtout toutes ces catégories et sous-catégories sont là pour rappeler qu’il y en a une centrale, première, magistrale, noble : la littérature blanche. C’est-à-dire la littérature générale, hors genre.

Alors ce soir, je voulais vous parler de 3 romans de science-fiction écrits par des écrivains de littérature générale, qui ont, pour un roman (ou deux) dans leur carrière, pris un risque et quitté la littérature générale. Et vu les chefs d’œuvre de SF qu’ils ont écrit, on leur dit merci.

 

1 / Malevil de Robert Merle, publié en 1972

Une guerre atomique dévaste la planète, et dans la France détruite un groupe de survivants s’organise en communauté sédentaire derrière les remparts d’une forteresse. Le groupe arrivera-t-il à surmonter les dangers qui naissent chaque jour de sa situation, de l’indiscipline de ses membres, de leurs différences idéologiques, et surtout des bandes armées qui convoitent leurs réserves et leur «nid crénelé» ?

Vous connaissez sans doute Robert Merle pour sa saga historique Fortune de France, ou ses autres fictions historiques Week-end à Zuydcoote ou La mort est mon métier. Mais cet auteur incroyable a écrit deux romans classés en science-fiction : Malevil (dont je parle ici) et Les hommes protégés.

Malevil est classée par les sites (notamment mon ami, l’omniscient Wikipédia) comme une robinsonnade, c’est-à-dire un roman contant l’histoire d’une survie exceptionnelle de un ou plusieurs personnages en dehors de toute civilisation. Ça me semble un peu facile et surtout un stratagème habile pour ne pas accoler les termes de science-fiction à cet écrivain comme si on avait peur que cela le salisse. Pourtant, écrit en 1972, le principe de départ est bien de la SF : une bombe nucléaire amène la fin de notre civilisation. Nous sommes donc bien dans un roman post-apocalyptique, sous-genre on ne peut plus catalogué en science-fiction. Les intrigues ensuite ne sont pas dégoulinantes de SF, il est vrai, mais au final répondent bien au principe de base du genre qui est de dépeindre une avancée de la science, certes, mais surtout comment l’humain réagit face à cela. Et c’est bien de ça qu’il s’agit dans Malevil. Robert Merle y traite de place de la morale et de la religion dans un contexte de survie, du rôle du chef, du retour à une société agraire, de la place de la femme. Bref des sujets humains, soulevés grâce à un élément de science/anticipation.  A lire absolument ! Et donc pour l’acheter c’est ici.

2/ Charge d’âme de Romain Gary publié en 1977.

Le «carburant avancé». Tel est le nom donné pudiquement à la nouvelle énergie qui fait marcher les lampes, les moteurs, les voitures, et sert aussi pour des super-bombes nucléaires. Ce «carburant avancé» n’est rien d’autre que les âmes, saisies par des «capteurs» et mises dans des piles. Comment réagissez-vous quand vous apprenez que la femme que vous aimez va survivre sous la forme d’une ampoule de 100 watts, et que votre vieux voisin, un ancien résistant, est maintenant dans le moteur de votre Citroën ?

Quand je dis que j’ai aimé le roman de science-fiction de Romain Gary, on me regarde d’un drôle d’œil. Je dois me tromper, j’ai confondu avec un autre, j’ai mal épelé son nom. Les fans qui ont une larme à l’œil dès qu’ils pensent à La vie devant soi (à juste titre d’ailleurs) m’observe la bouche entrouverte, dubitatifs. Car si si, Romain Gary, alias Emile Ajar, le seul écrivain à avoir remporté deux fois le prix Goncourt (sous deux noms différents, sinon c’est impossible) a bien écrit un roman de science-fiction ! Dans Charge d’âme, les âmes sont devenues la nouvelle d’énergie illimitée. Réactions des politiques, du monde religieux, des simples individus, ce roman nous parle à travers cette histoire de SF de la façon dont nos âmes se font aspirer dans une société technocratique qui nous déshumanise, dans une course toujours plus folle à la productivité et au rendement. L’écriture si typique de Romain Gary nous envoie du fin fond des années 70 un message encore vibrant d’actualité et on ne peut pas s’empêcher de voir dans nos smartphones les petites batteries aspiratrices d’âme que décrit l’auteur…

(pour le commander c’est )

3 / Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro paru en 2005

Katie, 31 ans, raconte son enfance à Hailsham dans les années 80, un pensionnat où les enfants sont coupés du monde, puis son adolescence et le début de sa vie adulte. En évoquant les souvenirs de ses amis, Tommy et Ruth, elle décrit leurs jeux et intrigues d’enfants alors qu’ils savaient le destin tragique et inévitable qui avait été décidé pour eux.

Prix Nobel de Littérature en 2017, Kazuo Ishiguro est célèbre pour son roman Les vestiges du jour et Un artiste du monde flottant. L’académie suédoise avait justifié son prix en disant  « il a révélé, dans des romans d’une grande force émotionnelle, l’abîme sous l’illusion que nous avons de notre relation au monde ». J’ai emprunté Auprès de moi toujours à la bibliothèque de ma ville et j’ai été surprise de trouver un petit post-it sur le bouquin avec, tracées au stylo, les deux lettres « SF ». Preuve qu’ils avaient été surpris eux-mêmes qu’Ishiguro ait écrit dans ce genre là et qu’il fallait mieux prévenir le lecteur qui pourrait être trompé. A la sortie du roman, un critique du New York times avait d’ailleurs écrit : « Est-ce que l’un de nos observateurs les plus subtiles a viré vers le pulp ? […] Est-il en train de s’installer dans le genre populaire (le thriller de science-fiction) afin de tranquillement bouleverser ses conventions banales ? ». Ouch, ça fait mal. Un critique du New Yorker avait pour sa part dit que c’était de la « quasi science-fiction » puisque le roman étudiait plus le comportement humain que la science derrière l’intrigue. … Mmmh je pense qu’il devrait lire plus de SF car c’est quand même souvent le principe (en excluant la Hard SF). Mais bon, l’honneur d’Ishiguro était sauf et les intellectuels qui ne juraient que par la littérature blanche pouvaient l’acclamer publiquement sans crainte.

Ça blesse un peu l’auteur de science-fiction que je suis…

Mais passons.

Auprès de moi toujours est un récit bouleversant dont on ne sort pas indemne. La narratrice partage son parcours, de son enfance dans un pensionnat un peu spécial en Angleterre, à sa vie d’adulte qui était de toute façon prévue pour elle. Et dans ce destin tragique qu’elle ne peut pas éviter, elle montre comment elle et ses camarades retrouvaient dans les jeux de l’enfance un peu de pouvoir, de sentiments d’appartenance et d’importance. Au final, nous l’avons tous fait et, comme ces enfants, nous ne comprenons le sens de notre vie, les sacrifices qu’il faudra faire et la fin terrible mais inévitable qu’il faudra accepter, que progressivement, bien plus tard, en le sachant mais en n’y croyant pas. Car c’est cela qui est troublant, cette similitude sur la façon dont les enfants passent dans l’âge adulte, que ce soit dans un monde uchronique de science-fiction ou dans le monde réel. Un roman très poétique, triste et juste que vous pouvez commander ici.

 

J’espère que cette petite sélection vous aura donné envie d’aller lire ces romans et d’explorer vos auteurs favoris en dehors de leurs genres de prédilection. Il y a évidemment beaucoup d’autres livres dans cette catégorie et je ferai peut-être un autre article de ce type dans quelques temps. N’hésitez pas à faire des suggestions de livres de SF écrits par des auteurs de littérature blanche en commentaire pour continuer à explorer le sujet !

5 réflexions sur “3 grands romans de science-fiction écrits par des écrivains de littérature générale

  1. J’ai lu Malvil l y a longtemps et j’ai beaucoup aimé. Je suis tombé dessus un peu par hasard et le hasard a bien fait les choses. C’est un livre que je relirai volontiers si j’en avait l’occasion.

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