Mon avis sur ma lecture de Semailles Humaines de James Blish

Voici mon avis sur Semailles Humaines de James Blish, publié en 1957.

J’ai cherché le roman Semailles Humaines pendant des années, dès que je me trouvais dans une FNAC ou une librairie. A l’époque où je n’allais pas encore acheter de livres sur internet et où je me contentais de scanner les rayonnages pendant des heures en gardant à l’esprit la liste d’une vingtaine de titres qui trainait toujours dans ma tête. (Bien avant d’organiser mes listes d’envies sur Babelio ou Booknode !) J’avais donc souvent le titre sur mes lèvres : semailles humaines, semailles humaines, James Blish, semailles ; et je le murmurais inlassablement pendant que mes yeux voletaient sur les tranches des romans qui attendaient sagement que je les choisisse. Finalement ce fut dans une brocante de la banlieue de Paris, au fin fond d’un carton tacheté de gouttes de pluie que je trouvai ce petit roman en format poche et que je l’extirpai des profondeurs poussiéreuses en poussant un cri de joie, comme Indiana Jones déterrant une relique sacrée.

Alors pourquoi cette recherche assidue ?

Par pure curiosité intellectuelle. Personne ne me l’avait conseillé, personne ne m’en avait jamais parlé. J’avais découvert ce roman dans un petit livre Que sais-je sur la Science-fiction. Alors que l’auteur énumérait les principales étapes de ce genre littéraire, les auteurs prodigieux, les succès mondiaux et les grands courants, sous-genres et sous-sous-genres de la SF, il avait évoqué Semailles Humaines de James Blish comme le roman, court s’il en est, qui avait osé se dresser face à de magistrales sagas de SF en de multiples tomes, acclamées par le public, adaptées en films et BD, faisant l’objet de conventions regroupant des dizaines de milliers de fan. Je parle bien sûr des sagas Space Opéras et plus précisément de conquête spatiale grâce au terraforming.

A l’époque j’avais lu, vu, adoré les Star Wars, la trilogie de Mars la rouge, Dune,  et consorts (j’ai découvert Firefly plus tard). Et donc quand l’auteur du Que sais-je a dit plus ou moins : « l’auteur James Blish a pris une autre voie dans Semailles Humaines, où la conquête spatiale se fait non pas en transformant les planètes pour les adapter à l’homme mais en adaptant les hommes pour qu’ils puissent vivre sur d’autres planètes », j’ai juste dit « Wow ». Alors que tout le genre se dirigeait avec enthousiasme vers le terraforming, James Blish avait retourné le problème … Intellectuellement, je DEVAIS lire ce livre !

Je l’ai fait et j’ai reçu une énorme claque.

Tout d’abord l’histoire : sur une planète Terre surpeuplée et polluée, de grandes entreprises de transports ont pris le contrôle. Elles montent un programme ambitieux de terraforming classique (modification d’une planète (atmosphère, faune et flore) pour la rendre habitable par l’homme) dans le but premier du faire du profit (car l’immigration, pour l’auteur, ne règle jamais la question de la surpopulation). Or quelques scientifiques créent la panthropie, une science permettant de créer des Hommes Adaptés : des fœtus sont bombardés d’ondes, de substances chimiques, etc, qui les rendent capables de vivre sur d’autres planètes. A chaque planète, son type d’Homme Adapté. Avec des branchies, une queue pour grimper aux arbres, os de glace, sang d’ammoniac, corps qui se nourrit de cailloux, de la taille d’un immeuble ou de plancton. Tout est possible. Au début considérée comme illégale, c’est finalement la méthode qui permet à l’homme sur les siècles suivants d’essaimer à travers l’espace…

Rappelons que nous sommes en 1957 et donc on peut déjà s’épater de l’imagination et de l’anticipation de l’auteur. Les OGM, la thérapie génique ou le décryptage du génome n’étaient pas des plus courants à l’époque…

Ce qui m’a touché dans ce roman, et surprise, c’est la façon dont il a ramené cette idée incroyable à quelque chose de très humain. L’auteur ne s’embête pas de grands récits et préfère nous faire découvrir sa théorie à travers ses personnages. En effet dans les 4 livres qui composent le roman, on rencontre des personnes (Hommes Adaptés le plus souvent, mais pas que) qui s’interrogent constamment sur leur place dans l’univers, leur but, leur allégeance. Car le programme d’ensemencement est allé tellement loin que les Hommes Adaptés ne savent pas toujours qu’ils le sont et pensent être originaires des planètes où ils ont été déposés, créant ainsi leurs propres civilisations, leurs propres Histoires, leurs propres systèmes de croyance.

L’autre chose qui m’a intriguée intellectuellement est ce désir de conquête, d’ensemencement de l’univers. Pourquoi ? La Panthropie, contrairement (à mon avis) à la terraformation, ne permet pas de régler un problème de surpopulation, ou d’étancher le désir personnel de conquête et d’accumulation de richesses. En plus les personnes qui ont accepté d’avoir des enfants qui soient Adaptés ne peuvent pas vivre avec eux, ou les connaître. Donc pourquoi ? En rejetant la terraformation pour adopter la panthropie, James Blish se dépouille des visions classiques et des réponses éculées et nous confronte à d’autres questions sur la nature humaine : un désir de conquête à une échelle telle qu’elle dépasse les générations, une glorification de la race humaine qui peut être et donc se doit d’être partout, une ode à la différence qui rappelle que les Hommes Adaptés sont de la race humaine malgré tout, un amour quasi filial pour ces êtres que les hommes créent en leur donnant les meilleures chances pour qu’ils survivent à leur milieu, mais sans trop les gâter afin de les forcer à développer leur talent et leur intelligence. Enfin le livre final donne un message puissant pour la génération actuelle en nous interpellant sur le mal que nous faisons à la Terre et en rappelant que rien n’est éternel, même notre planète, et qu’à défaut d’en prendre soin, nous serons bien obligés d’évoluer pour survivre.

En conclusion, un beau roman de SF, intelligent et à contre-courant des grandes modes du space-opéra. Court, donc à lire sans hésitation, que je conseillerai peut-être plus aux passionnés du genre qui souhaitent en découvrir encore une autre facette, tout en s’extasiant sur l’aspect quasi prophétique de ces romans écrits avant les années 60.

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