Résumé Emission France Culture : Spinoza et la superstition

Le 16 novembre 2017, France Culture diffusait une interview consacrée à la croyance chez Spinoza, dans le cadre de son émission Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth. Le titre de l’émission était Comment lutter contre la superstition avec Spinoza. L’invité était Ariel Suhamy, maître de conférences au Collège de France et éditeur du site la Vie des idées.

Voici le lien vers le podcast (avec les extraits des textes lus) :  https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/que-croyez-vous-44-comment-lutter-contre-la-superstition-avec-spinoza

Je vous fais un petit résumé de l’émission. Attention, il s’agit de ma retranscription de l’émission de France Culture, et, en tant que telle et n’étant pas une spécialiste de Spinoza, elle n’est pas parfaite. J’ai retranscris, résumé et réorganisé ce qu’il s’est dit pendant 45mn d’interview. Je vous invite à aller écouter l’émission si vous voulez les propos exacts de l’invité Ariel Suhamy sur la pensée de Spinoza face à la superstition.

La version courte :

Pour Spinoza, la Foi est l’obéissance aux dogmes de justice et de charité. La religion est ce qui met les hommes dans une disposition à la croyance en ces dogmes. La superstition, qui est une fascination qui bloque la raison, se nourrie de la religion et la renverse pour en faire un instrument de pouvoir basé sur la crainte. Cela découle d’une pensée bâtie sur le préjugé finaliste qui pense que la nature est faite pour nous par un dieu à qui il faut rendre un culte. Alors que Spinoza nous invite à la connaissance du monde et de dieu par une méthode mathématique de la connaissance des causes. Méthode qu’il applique à la superstition même.

La version longue :

Selon Spinoza, la superstition amène la pensée à se bloquer sur des choses fascinantes mais qui ne donnent rien à penser, et donc elle se nourrit de cette fascination. Le spinozisme a pour but de réduire cette fascination en l’expliquant par ses causes. Pour la philosophie, qui est une science de l’homme (et non pas une science générale de la nature), la superstition est un phénomène comme un autre qui doit être étudié par ses causes.

Le terreau de la superstition est donc l’ignorance. Selon l’invité Ariel Suhamy, on a tort de penser que Spinoza rejette toute religion. Au contre il fait la distinction entre la superstition et la croyance religieuse. La superstition est pour lui un parasite qui se nourrie de la religion et la renverse.

Dans l’extrait du texte lu (Préface au Traité théologico-politique), Spinoza explique que les hommes se réfugient dans la superstition dès qu’ils sont dans la crainte, en position de faiblesse. Quand tout va bien, ils sont au contraire pleins de sagesse et donnent des conseils à chacun. On peut penser à un contraire mais finalement, dans les deux cas ils sont imperméables à la raison. Alexandre Matheron, philosophe français spécialiste de Spinoza, dit d’ailleurs que le superstitieux et l’athée sont une seule et même chose. Pour lui, le superstitieux est un athée en phase dépressive et un athée est un superstitieux en phase de fortune.

Spinoza fait la distinction entre la Foi, la croyance religieuse et la superstition. Le propre de la Foi est de demander l’obéissance envers Dieu, c’est-à-dire en pratiquant la justice et la charité. La croyance religieuse est l’ensemble des moyens sur lesquels se repose la Foi pour disposer les hommes à l’obéissance. C’est quand ces choses dans lesquels on croit s’opposent qu’on a des conflits théologiques.  L’invité Ariel Suhamy insiste de nouveau que pour Spinoza, le christ n’a rien enseigné d’autre que la justice et la charité, c’est l’essence de la religion du Christ. Et le reste c’est juste des choses ajoutées après pour diffuser la religion mais ça n’en est pas son essence.

Ainsi la Foi et la Raison n’entre pas en conflit car elles n’ont pas le même objet. La raison vise la connaissance, la Foi vise l’obéissance à des dogmes. Or le superstitieux prétend à un savoir qui procède de manière radicalement contraire à la raison, puisque pour lui ce qui est absurde est le signe du vrai.

Spinoza pense que le Dieu qu’il peut démontrer par la raison est le même que celui de la religion révélée, puisque les dogmes que la religion enseigne d’une manière morale (la justice et la charité), la raison les démontrent également.

Ariel Suhamy, l’invité de l’émission, explique alors le préjugé finaliste : les hommes voient qu’il y a des choses dans la nature qui leur sont utiles et pensent donc que le monde est fait pour eux. Voyant cela ils en déduisent qu’il y a quelqu’un qui a fait cela avec cette intention (un directeur de la nature), qu’ils imaginent semblable à eux et donc en attente de culte et de remerciements. La religion se met donc en place pour rendre un culte à dieu. Mais on arrive à une pluralité de culte où chacun clame qu’il détient la vérité quant au culte à faire. Détenir la bonne manière de faire le culte apporte le pouvoir et donc la religion se met à servir les avantages d’un tel ou d’un tel qui se prétend le porte-parole des Dieux. Arrive donc le problème théologico-politique, où les rois et prêtres entourent la religion d’une pompe et d’une sacralité pour empêcher la concurrence autour du culte, allant même jusqu’à utiliser la superstition pour gouverner par la peur. Spinoza dit que les politiques eux-mêmes vont interdire les discussions religieuses et les débats (donc la philosophie). Donc pour empêcher la superstition on tombe dans un travers encore pire qui est la dictature et la censure.

De plus pour Spinoza, Dieu est « la puissance productive à l’œuvre dans la nature ». Il n’est ni extérieur in antérieur à la nature et il n’a pas fait la nature pour une fin. Et voilà comment Spinoza est très actuel puisque le préjugé finaliste est ce qui est remis en cause par l’écologie actuellement. On se rend compte que la nature n’est peut-être pas faite pour nous, et qu’on la pille et la détruit avec ce mode de pensée. Il faut au contraire considérer la nature comme quelque chose de puissant et productif, avec ses lois, mais pas faites pour nous.

L’autre problème du préjugé finaliste est qu’il ouvre la porte à la superstition car il y a des choses néfastes pour l’homme dans la nature et les superstitieux disent immédiatement que c’est une vengeance des dieux car on ne leur a pas rendu le bon culte. Le simple fait de s’intéresser aux causes naturelles est un attentat à la sacralité de la divinité et les superstitieux continueront d’interroger les causes encore et encore jusqu’à ce que les scientifiques ne puissent plus répondre et alors ils diront « vous ne savez pas donc écoutez moi ». Ils transforment l’ignorance en argument. La superstition imite la raison et la pastiche dans la forme de son argumentation.

Pour Spinoza nous nous pensons libres car nous ignorons les causes qui nous déterminent. Pour rechercher ces causes nous devons atteindre la connaissance du vrai dieu par une méthode scientifique et mathématique. Au préjugé finaliste, Spinoza oppose le modèle mathématique. Il exclue la finalité. C’est ainsi qu’il attaque la superstition par ses causes, et non par sa finalité, en partant de la connaissance de la nature humaine et de l’imagination.

Les personnes ayant lu mon roman Noosphère comprendront aisément ce qui m’a interpelée dans cette émission et dans la philosophie de Spinoza en général. Tout d’abord le fait qu’il n’oppose par Foi et Raison car elles n’ont pas le même objet est un élément que j’ai introduit dans mon roman. De plus son explication que le pouvoir théologico-politique s’appuie sur la superstition car il gouverne par la crainte est terriblement d’actualité aujourd’hui. Enfin le fait que l’ignorance est le terreau des superstitions, et laisse donc le champ libre à la manipulation et aux fake-news nous rappelle à quel point l’éducation et surtout l’acquisition d’un esprit critique sont vitaux aujourd’hui.

Merci d’avoir lu cet article (un peu long). N’hésitez pas à commenter et à partager.

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