Les étapes de la rédaction de Noosphère

Récemment on m’a demandé comment était né mon roman Noosphère et quelles avaient été les étapes, de sa rédaction à sa sortie. Je me suis pliée à l’exercice du Story Telling et je me suis rendue compte que ça donnait le tournis de résumé 7 ans en quelques phrases.  Alors voici la chronologie pour vous :

L’idée

Pas facile de se rappeler du moment précis où j’ai eu l’idée de l’intrigue de mon roman Noosphère. Je me souviens surtout d’une autre idée, pour un autre roman, dont j’avais déjà en tête l’intrigue et les personnages. Ce sujet me tenait tellement à cœur que, après à peine quelques pages griffonnées au crayon à papier dans mon bureau au Sri Lanka, j’avais refermé mon cahier en murmurant « non, non, ça ne peut pas être mon premier roman ! ». Il fallait d’abord que je fasse ma plume sur quelque chose de plus simple, que je pouvais écrire vite. Je me disais « allez un an maximum, une intrigue simple, un chapitre par personnage pour explorer le concept de la Noosphère. Un an, un an max ! »

7 ans plus tard je publiais ce roman.

Hum hum.

Bref.

Le concept de la Noosphère se cachait quelque part dans un repli de mon cerveau et était sorti comme « sujet de secours » au moment opportun. J’y avais pensé après plusieurs discussions avec des amis pendant lesquelles je m’entendais répondre à une de leurs questions avant même d’avoir eu le temps de réfléchir. Et quand on me demandait comment je savais tout ça, je ne pouvais pas m’en souvenir. Ainsi le doute s’insinuait en moi : et si je ne l’avais pas appris dans le passé ? Et si je l’apprenais maintenant, à l’instant ? Bim, l’idée de Noosphère était née. Ce n’est que plus tard que j’ai dû humblement rendre la paternité du concept à Pierre Teilhard de Chardin et que je lui ai emprunté ce mot (qu’il avait lui-même emprunté à Vernadsky…). Nous sommes en juillet 2010, vivant alors en Haïti, je pars passer deux semaines à Cuba, seule, alors que je ne parle pas un mot d’espagnol, avec une rame de papier et plusieurs stylos. Le soir, après les visites touristiques et avant de sortir danser la salsa à La Havane, je noircis des pages avec mon idée de la Noosphère.

Le changement de forme

Après les premiers chapitres, il est devenu évident que je ne voulais pas juste décrire le phénomène de manière statique mais qu’il fallait bien que j’ai une intrigue, un enjeu. De plus, pour suivre cet enjeu, il me fallait des personnages fixes et je dus abandonner mon projet initial d’avoir un personnage par chapitre et donc de créer un roman comme une fresque composée de plusieurs visions (trop d’inspiration de Chroniques Martiennes de Ray Bradbury ou bien de Pierre Bordage ? Qui sait.) L’automne 2011 me vit développer l’élément perturbateur qu’était mon personnage de Mathias et semer la panique chez tous mes autres personnages.

Les premiers chapitres dans le désordre

Ne sachant pas trop dans quelle direction aller, mon esprit avait donc décidé de partir aussi dans tous les sens et j’écrivais les premiers chapitres dans le désordre, m’attelant aux scènes qui me semblaient les plus faciles à écrire, ou du moins celles qui m’enthousiasmaient le plus. Je rédigeais parfois des scènes d’action sans savoir où je les mettrai par la suite. J’écrivais aussi des dialogues pour permettre aux personnages de s’exprimer et de me clarifier certaines de leurs positions, dialogues qui ne finirent pas dans la mouture finale (comme d’ailleurs les 40 premières pages que j’avais écrites).

La structuration

De retour en France en octobre 2012, je contemple mon paquet de feuilles réparties sur le canapé du salon.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? me dis-je.

— Ton roman, me répond ma petite voix.

— Ça n’y ressemble pas.

— Pas encore.

— Tu crois que j’y arriverai ?

— Si je te dis non, tu abandonnes ?

— Non.

— Alors tu attends quoi ? Bosse.

Cette phrase m’a guidé pendant les cinq années suivantes. Quand c’était trop dur, trop long, trop décourageant, je me disais « et alors quoi ? Honnêtement, tu abandonnerais maintenant, après tout le chemin parcouru ? Non. Alors bosse ».

Et dans un pays qui avait l’électricité 24h sur 24, je pouvais enfin me permettre de passer le tout sur ordinateur. Et de m’organiser un peu. Je choppais de grand paper board dans un bureau (je sais plus lequel, mais merci beaucoup J ), les étalais à terre et commençais à tracer tableaux, graphiques et master plan. Je me payais Scrivener (un logiciel d’écriture de longs textes) et commençais à organiser mon travail de façon plus professionnelle. J’écrivais enfin la deuxième partie du roman de manière chronologique.

Les bêtas-lectrices

En juillet 2015, je me plains pour la 46 231ème fois à ma copine Alex de la difficulté que j’ai à relire le roman. 3 ans se sont écoulés. Le premier brouillon est fini, j’ai déjà réécrit certains passages mais je n’y vois plus rien. Je n’arrive pas à avoir une opinion sur mon travail. Alex me répond une longue diatribe à la fois poétique et hilarante, comme elle en a le secret, mais puisque je ne me souviens plus de la totalité du message je vous le résumerai ainsi : « envoie moi ton texte ». J’exporte mon travail de Scrivener sur Word. Mes bêta lectrices, Jenny et Alex, lisent le roman pendant l’été 2015 à raison de 3 chapitres par semaine. Je les relis au préalable et leur envoie, travaillant parfois jusqu’à 3h du matin tellement elles sont avides de savoir la suite.

Les corrections de couleurs

Les retours de Jenny et Alex sont positifs mais m’invitent à beaucoup de corrections  (c’est le moins qu’on puisse dire). J’imprime mon roman pour la premier fois (merci Office Depôt, on se verra souvent par la suite) et le relis entièrement en l’annotant à la lueur de leurs commentaires avec un code couleur (personnages, intrigue, lieux et temps, concept, grammaire). Puis je le relis de nouveau en réécrivant les passages selon mes annotations, en modifiant, coupant, détaillant, réarrangeant, approfondissant, inversant, corrigeant des centaines de pages. Quatre personnages changent de prénoms, un personnage disparaît, le deuxième chapitre est entièrement réécrit, la dynamique entre les deux héros est modifiée, trois nouveaux chapitres sont insérés dans l’histoire. Après cela je fais les relectures thématiques classiques : une relecture pour les fautes d’orthographe, une relecture pour la ponctuation, une relecture pour la mise en page et les erreurs de ponctuations dues à mon passage de Scrivener à Word.

 

Les envois aux maisons d’édition

Mars 2016, fébrile, heureuse et terrifiée je clique sur envoyer et voit partir mon manuscrit vers une dizaine de maisons d’édition. J’imprime un manuscrit que je m’envoie en recommandé pour protéger mes droits d’auteurs et envoie environ 7 manuscrits par la poste. Les refus s’étalent jusqu’à octobre 2016. Quand j’y pense, j’aurai pu faire tellement de choses pendant tous ces mois-là, outre mon travail de cadre et ma grossesse bien-sûr, mais, jeune padawan, je ne me doutais pas de tout le travail qu’il y avait à faire après l’édition d’un roman…

Le dernier travail

Devant les réponses négatives mais encourageantes, je décide de me préparer pour l’auto-édition. Mais voilà, certaines maisons d’édition m’ont fait remarqué que mon roman est trop bavard (étonnant…). Début novembre 2016, mon amie Claire se propose de m’aider. « Ça  nous prendra pas beaucoup de temps, 2 mois tout au plus. » Ça  nous en a pris 6. Pendant les corrections, mon gros ventre de femme enceinte m’éloigne de plus en plus de mon clavier d’ordinateur. Je travaillais encore au roman le matin de mes contractions. En mai 2016, mon fils va à la crèche et je réécris les derniers chapitres pour la 5ème fois. Claire tient bon. Ma mère a corrigé de nouveau les fautes d’orthographe avec son stylo rouge.

Moi, après 1294 heures de corrections, et avant  les 3518 heures  suivantes …

Le clic final

Ce clic. Ce clic final, le 9 aout 2017, quand j’envoie mon roman à KDP pour publication sur Amazon, quand mon ordinateur a rendu l’âme, que toutes les archives du roman se tassent sur ma minuscule clef usb avec tant de versions que je doute à  chaque fois que je veux en ouvrir une. Ce clic. Il m’a pris 1 seconde et a concrétisé 7 années de travail. Ce clic …

 

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