Wikipedia et Internet : la Noosphère est-elle déjà là ?

Lors des discussions avec mes lecteurs, quand j’évoque le concept de Noosphère qui est l’intrigue centrale de mon roman, une question est assez récurrente : « Finalement internet, et surtout Wikipédia, ne sont-ils pas déjà une expression de la Noosphère ? N’avons-nous pas déjà accès à tout le savoir de l’humanité ? »

Pour rappel, la Noosphère est un concept du philosophe français Pierre Teilhard de Chardin. Il s’agit de la « sphère des pensées humaines ». Evolution naturelle de l’humanité qui tend vers une « planétisation », la Noosphère est génératrice de toujours plus de conscience et donc aussi de solidarité entre les hommes. Dans mon livre, je joue avec ce concept que j’applique à l’humanité : les êtres humains se retrouvent soudainement avec un accès immédiat et illimité à la Noosphère, à la somme des connaissances humaines.

Wikipedia et internet sont-ils une ébauche de la Noosphère ? Constituent-ils la totalité de la pensée humaine ? La réponse est complexe (on ne voudrait pas que ce soit trop facile).

Tout d’abord la Noosphère de Teilhard de Chardin et la mienne est la somme des connaissances humaines, or internet est un moyen d’échange de contenus. Cela englobe connaissances mais également activités humaines plus que diverses : opinions, articles de journaux, événements, avis d’utilisateurs, conseils subjectifs, photos d’instant de la vie de particuliers; mais aussi formulaires, ventes en ligne, réseaux sociaux. Ce n’est donc plus la pensée humaine mais juste le foisonnement d’informations et d’échanges entre humains d’une même civilisation à un moment donné.

Concentrons-nous donc sur Wikipedia. Nous retrouvons là un concept beaucoup plus proche de la Noosphère puisqu’on parle bie de savoirs.

Evidemment, étant une grande utilisatrice de Wikipédia, j’ai souvent eu ce site en tête quand j’écrivais mon roman. Et même plus puisque, à plusieurs occasions j’ai utilisé le site d’une façon particulière pour mes recherches : en me mettant sur une page du site parlant d’une connaissance au hasard, je cliquais sur les liens et ainsi je voyais vers quels sujets, parfois extrêmement différents, le site m’emportait. Car il s’agissait bien de se laisser emporter, oui,  à une allure parfois vertigineuse vers des connaissances nouvelles et inconnues, des époques anciennes, des cultures étrangères. Le tout avec toujours un lien, parfois évident et direct et parfois large et diffus ; après plusieurs minutes certaines connaissances n’ayant comme seul point commun que celui d’appartenir à cette somme du savoir humain.

L’autre parallèle avec la Noosphère de mon roman est la facilité à se perdre dans toute cette connaissance en ligne.

D’autres similitudes sont également très intéressantes à voir entre Wikipédia et la Noosphère telle que je la perçois. Wikipédia a été créé en 2001 par Jimmy Wales et Larry Sanger. A la base Jimmy Wales avait d’abord créé un autre site de ce type, appelé Nupedia, en 2000. Nupedia devait être, comme Wikipédia, une compilation d’articles de sujets divers écrits par des scientifiques experts dans leur domaine. Or cela allait beaucoup trop lentement ! Larry Sanger proposa donc à Jimmy Wales d’ouvrir un site en wiki (mot qui signifie rapide en hawaien et qui est une application permettant la rédaction collaborative de pages internet) afin de nourrir Nupedia qui donc corrigerait les écrits des contributeurs. Mais ce site, Wikipédia vous l’aurez compris, s’est développé extrêmement rapidement et a submergé Nupedia qui a fermé en 2003.

Car le savoir attire le savoir et il n’a pas besoin de correcteurs. Il se corrige lui-même. A travers les modérateurs des articles, véritables experts se comptant par milliers.

La vérité est dans le nombre … la neutralité aussi.

La force de Wikipédia est donc d’avoir beaucoup de contributeurs certes mais également beaucoup de correcteurs. Si vous énoncez un fait et qu’il est vérifié et corrigé par une seule personne, il y aura encore des chances qu’il soit erroné. Mais s’il est revu par des dizaines de milliers de personnes … ?

Le nombre de Wikipédia a également apporté sa neutralité. Certes c’est un combat quotidien et les modérateurs doivent avoir une attention constante pour éviter qu’un article soit partisan. Mais là encore la multitude permet de gommer ces mentions partisanes … puisque cette multitude elle-même représente toutes les opinions politiques et que la neutralité est un principe fondateur de Wikipédia.

Les limites et les différences

Comme il est dit sur l’article Wikipédia de Wikipédia (c’est très très méta 🙂 ), « Wikipédia n’a pas pour but de présenter des informations inédites, elle ne vise donc qu’à exposer des connaissances déjà établies et reconnues ». Or cette préséance de la connaissance établie et reconnue se retrouve aussi dans la question de la neutralité puisque Wikipédia qui s’efforce de décrire les débats plutôt que d’y participer, expose souvent plus largement les opinions les plus communes.

De plus, la Noosphère de Teilhard de Chardin doit apporter plus d’empathie entre les hoimmes, plus de compassion et de compréhension, plus de conscience. Mais nous ne pouvons pas mesurer cet impact de Wikipedia. Si nous connaissons mieux la situation d’un pays voisin, serions-nous mieux à même d’éprouver de la solidarité avec ses habitants ? Et ensuite agirions-nous sur cette empathie ? Probablement oui : les informations sur une catastrophe dans un pays déclenchent souvent une vague de solidarité. Mais celle-ci reste basée sur des situations exceptionnelles et médiatisées…

Finalement je dirai que Wikipédia a été et est un projet passionnant. Je vous invite à aller lire les pages complètes de son histoire, mais également les articles ayant traits à ses défauts, ses erreurs (les « vandalismes » et « conflits d’édition »), son volume extraordinaire et le pourcentage des articles dans les différentes langues (vous seriez surpris !). Oui, nous sommes proches de la Noosphère, plus avec Wikipédia qu’avec n’importe quelle encyclopédie, car elle est collaborative à l’extrême. Cependant la Noosphère telle que je la décris est un phénomène encore plus absolu, car il ne demande aucune interface entre l’homme et la connaissance, aucun écran, et qu’il englobe toutes les connaissances, même les plus inédites. Et celle théorisée par Pierre Teilhard de Chardin implique une modification intérieure de l’homme que nous devons encore voir s’accomplir.

Mais effectivement, même en étant encore loin de la Noosphère, internet offre la possibilité d’un partage immense et passionnant des connaissances. La somme du savoir humain est là. Encore faut-il avoir la curiosité d’aller le chercher…

 

 

 

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